Déclarations du MSC sur las Directives volontaires sur les systèmes alimentaires et la nutrition lors de la 47e plénière du CSA

Screenshot 2021-02-10 at 16.02.37

Discours de Shalmali Guttal | 10 février 2021 | Séance informative de politiques du MSC

Bonjour à tous et à toutes. Je m’appelle Shalmali Guttal et je me joins à vous depuis l’Inde. Mon organisation, Focus on the Global South, participe au Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSC). Nous faisons également partie du groupe de liaison du CSM sur le Sommet des Nations unies sur les Systèmes Alimentaires.

Je partagerai avec vous nos messages clés concernant les Directives volontaires du CSA sur les systèmes alimentaires et la nutrition – VGFSyN – et leur lien avec le Sommet des Nations unies sur les Systèmes Alimentaires.

Le MSC n’est pas en mesure de prendre une décision aujourd’hui concernant notre approbation, ou non, de ces lignes directrices. Le MSC est un espace collectif auquel participent des organisations de 11 circonscriptions et 17 sous-régions du monde entier. Nous devons mener un processus complet de consultations avec nos participants pour parvenir à une décision finale, ce qui n’a pas été possible dans les cinq jours qui ont suivi la fin des négociations.

Mais pour l’instant, nous tenons à préciser que le MSC est profondément déçu par le résultat et le processus des négociations, et que nous avons de profondes réserves quant au contenu du document dans la mesure où, la plupart, si ce n’est la totalité, de nos enjeux prioritaires ne sont pas reflétées de manière significative dans le document final.

Il s’agit notamment de:

  • l’absence des droits de l’Homme en tant que pilier central de la transformation des systèmes alimentaires, de l’omission du droit à l’eau potable, de l’absence de recommandations sur la réduction des pesticides et des produits agrochimiques dangereux, de la dilution de l’importance de l’agroécologie, qui pourrait réduire la portée et l’ambition des prochaines négociations du CSA sur l’agroécologie, de la non-reconnaissance des marchés locaux en tant qu’espaces économiques essentiels pour les systèmes alimentaires, de l’absence d’identification claire des dommages causés par un marketing trompeur et du financement inapproprié des interventions en matière de nutrition.
  • Le document ne reconnaît pas la responsabilité de l’agriculture industrielle et de la production alimentaire dans l’accélération de la crise climatique, sur la destruction écologique et des pandémies qui y sont liées ; la responsabilité des aliments ultra-transformés sur la malnutrition et les problèmes de santé chroniques ; la responsabilité des longues chaînes d’approvisionnement et des accords commerciaux sur les systèmes alimentaires locaux/domestiques, sur les moyens de subsistance et sur l’accès à la nourriture et à l’eau.
  • Ces lignes directrices se sont éloignées de la reconnaissance de l’objectif public des systèmes alimentaires : la réglementation du commerce, des investissements et des sociétés dans l’intérêt public est quasiment inexistante dans le document ; tout comme les conseils pour recalibrer les politiques publiques afin de remédier aux déséquilibres de pouvoir dans la société, et de renforcer les systèmes alimentaires locaux et résistants basés sur l’agroécologie, et l’économie communale et publique dont dépendent fortement les systèmes alimentaires locaux et nationaux.

Partie intégrante du CSA, ces lignes directrices auraient pu, elles auraient dû, être pionnière en termes de contenu et de processus, s’inspirant du rapport du Groupe d’experts de haut niveau (HLPE) pour illustrer ce que signifie le multilatéralisme inclusif dans la pratique.

Au lieu de cela, les meilleures sources de connaissances pour façonner ces lignes directrices – les rapports du HLPE, les résolutions sur les droits de l’Homme, les codes et les orientations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres organismes multilatéraux pertinents, les expériences vécues par les populations vulnérables et marginalisées, et même le contenu des propres résultats politiques du CSA – ont été ignorées et scandaleusement sapées pour produire un document qui n’offre aucune contribution significative ou substantielle aux processus politiques futurs sur la construction de systèmes alimentaires durables, résilients, sains et justes.

Tout au long de ces négociations, nous avons entendu un refrain lancinant : l’importance de produire un document pour le Sommet sur les systèmes alimentaires. Nous avons maintenant un document qui correspond bien à l’esprit de ce Sommet : ces lignes directrices ne protègent pas l’intérêt public au sens large, ni la santé publique ou nos écosystèmes. Elles ne protègent pas les droits et les capacités des millions de petits producteurs alimentaires, de travailleurs et de communautés qui ont construit des systèmes alimentaires multiples et variés dans le monde entier, et qui sont pourtant les bouées de sauvetage avérées de nos sociétés, de nos économies et de nos environnements.

Au lieu de cela, nous avons un document qui protège un système de commerce, d’investissement et de finances globalisés dominés par des grandes entreprises, s, qui profite à 10 % de la population mondiale, mais qui a fait des ravages sur notre planète et sur la majorité des individus.

Les lignes directrices et le Sommet des systèmes alimentaires ont une origine différente mais convergent dans la même direction : faire avancer une conceptualisation et un cadre de gouvernance des systèmes alimentaires qui soient favorables aux capitalistes de marché et aux entreprises.

Nous réitérons notre préoccupation : ce Sommet fait avancer une forme dangereuse, trompeuse et insidieuse de multi-partenariat dans le système multilatéral des Nations Unies, qui :

  • brouille les identités et les responsabilités des détenteurs de droits et de devoirs ;
  • par le biais du langage des « partenariats », permet à de riches et puissantes entreprises et à leurs extensions organisationnelles d’assumer des postes de décision cruciaux sans aucune responsabilité démocratique ;

Les processus d’organisation et de diffusion du Sommet constituent un théâtre élaboré pour amener les gens à approuver la transformation des Nations unies en un système de gouvernance mondiale privatisé et dirigé par les entreprises – c’est cette transformation là à laquelle nous assistons, et non la transformation urgente des systèmes alimentaires mondialisés en véritables systèmes alimentaires durables et sains.

Nous continuerons à nous engager auprès du CSA, du Sommet sur les systèmes alimentaires et de tous les espaces multilatéraux importants pour nos objectifs, mais à nos propres conditions, en conservant notre autonomie et notre agentivité.

Je vous remercie.

Discours d’Isabel Álvarez | 10 février 2021 | Plénière du CSA, séance matinale

Tout d’abord, nous souhaitons remercier le Mexique, la Suisse et le groupe régional Africain pour leurs interventions, qui soulignent les éléments nécessaires à la transformation des systèmes alimentaires qui sont loin d’être couverts par ces lignes directrices.

En tant que Mécanisme de la Société Civile et des peuples autochtones (MSC), il nous est difficile de croire qu’en 2021 des mots tels que le droit à l’eau, la durabilité, les frontières planétaires, la transformation, l’agroécologie, les marchés locaux, les régimes alimentaires sains et durables… aient été laissés de côté et n’ont pas été intégrés dans les lignes directrices sur les systèmes alimentaires et la nutrition. Cela donne une idée du manque d’ambition de ce document et du fait qu’il ne soit pas à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre d’un tel texte. Il a été décidé il y a plusieurs mois que le mandat de ces lignes directrices serait conditionné par un Sommet qui, bien que jugé important par certains, ne peut remplacer cette instance, le CSA, que nous considérons comme la plus inclusive pour aborder les questions de sécurité alimentaire.

Au beau milieu d’une crise planétaire incontournable, beaucoup ont pourtant choisi de l’ignorer. À l’heure où les gens appellent à la transformation, vous avez choisi de faire la sourde oreille. Au beau milieu d’une pandémie, loin de vous adapter pour le profit du plus grand nombre, vous vous êtes adaptés pour le profits de quelques-uns.

Nous entendons le CSA comme un espace dont le but est de répondre aux défis que la sécurité alimentaire pose aujourd’hui. Ce processus n’a pas rempli cet objectif, ni dans son contenu, ni dans sa forme. Nous avons assisté à un processus totalement irrégulier, avec de très nombreuses heures de réunions des Amis de la Présidence, cet espace théoriquement « informel » où tout était censé être résolu, et où, en pratique, la majeure partie du document a été négociée dans des conditions non inclusives. Nous avons clairement constaté comment l’utilisation de termes tels que flexibilité ou consensus, et la pression pour parvenir à ce consensus, n’était pas demandée de la même façon à tout le monde. Nous avons également constaté comment le langage du CSA n’est pas accepté par le CSA lui-même. Nous avons constaté enfin la tentative de certains de renégocier dans ces lignes directrices ce qu’ils n’appréciaient pas dans d’autres accords et la tentative d’affaiblir les principes du multilatéralisme et des droits de l’Homme.

En termes de contenu, beaucoup de nos lignes rouges se trouvent dans les points clés mentionnés au début, comme vous le savez et comme vous le saviez. Ce que nous trouvons difficile à accepter, c’est que certaines de ces lignes rouges ne sont pas non plus les vôtres. Ce texte mentionne le mot « preuve » à de nombreuses reprises et refuse en même temps de voir l’évidence, la nécessité d’une transformation et le fait que d’autres modèles sont non seulement nécessaires, mais indispensables. Certains d’entre vous ont décidé de ne sélectionner et de ne retenir que les éléments de preuves qui prouvent qu’ils ont raison. Dans chaque paragraphe de ces lignes directrices, vous avez généré plus d’incertitude qu’une véritable direction à suivre, avec des phrases qui sont plus conditionnelles que directives. Les intérêts des pays agro-exportateurs et des entreprises agroalimentaires ont pris le dessus. Nous ne savons que penser – protégez-vous certains intérêts court-termistes ? Êtes-vous simplement insensé ou aveugle ? Ou considérez-vous vous-même comme immunisés contre les conséquences des crises mondiales ?

Tout ce processus devient impossible à croire jusqu’au jour où les négociations sont finalisées, à peine une semaine avant la plénière, sans offrir le temps nécessaire pour les consultations ni se conformer à une règle fondamentale du CSA, l’inclusivité. Comme nous l’avons déjà exprimé, la question n’est plus de savoir à qui bénéficie le contenu de ces lignes directrices, mais de s’assurer que cet espace, le CSA, se maintienne dans sa raison d’être. Pour nous, le MSC, il nous a été impossible de mettre en place un véritable processus de consultation inclusif, nous ne savons pas comment vous avez pu le faire en si peu de temps. Peut-être que dans votre cas, cette décision n’impliquait que peu de personnes que cela a facilité les choses. Nous partageons également cette question, en particulier avec les gouvernements des pays à faible revenu et dépendants de l’alimentation : ce document est-il vraiment acceptable pour vous ? Et nous nous questionnons très sérieusement sur la légitimité d’une l’adoption de ce document aujourd’hui.

Nous, le MSC, sommes très déçus à cet instant parce que nous avons investis beaucoup d’énergie dans ce processus, personne ne peut nier notre engagement. Notre position aujourd’hui est celle d’une déception et des nombreuses réserves que nous avons émises sur l’exclusion de nos principales priorités. L’inclusivité n’a jamais été une priorité dans ce processus et cela signifie qu’en raison du manque de temps pour un processus inclusif avec nos secteurs, nous n’avons pas la possibilité aujourd’hui de prendre position sur l’approbation ou le rejet des lignes directrices. Nous demandons que cela soit consigné dans les minutes de cette plénière. De même, lorsque le MSC aura une position établie, nous la partagerons avec vous tous et nous souhaiterions qu’elle soit publique et accessible sur le site internet du CSA.

Nos secteurs sont en train d’analyser et d’évaluer le texte, avec les réserves que nous avons déjà signalées, car il est également très éloigné des résultats des consultations régionales, pour voir s’il contribue d’une manière ou d’une autre à la voie vers des systèmes alimentaires qui nous nourrissent réellement. Aujourd’hui, nous voyons combien d’entre eux soutiennent des processus problématiques, avec tant d’échecs et de lacunes. Nous vous demandons d’y réfléchir. Ce faisant, prenez en compte les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, les personnes qui meurent de faim alors que nous débattons, ainsi que les droits des générations futures et de la Terre nourricière.


Discours d’Hamadi Mohammed | 10 février 2021 | Plénière du CSA, séance de l’après-midi

Monsieur le Président du CSA, Monsieur le Président du Groupe de Travail à Composition non Limitée, délégués distingues,

C’est avec honneur que nous vous remercions pour les efforts accomplis afin de faire du CSA, une plateforme bien animée. L’occasion est toute bonne pour rappeler le courage remarquable des participants au processus de négociations, notamment de nos propres secteurs.

Au Sahel en Afrique, ma sous-région, il est observé une crise humanitaire avec des besoins importants, pour aider les populations affectées par des catastrophes naturelles et des conflits armés depuis plusieurs années. En raison des facteurs combinés d’effets de changement climatiques et de conflits armés, il convient de remarquer les efforts des petits producteurs du secteur primaire qui tentent de relever les défis d’adaptation au changement climatique, pour satisfaire les besoins alimentaires afin de survivre. Ce contexte ne favorise pas les systèmes d’approvisionnement durables en aliments. Il influence par contre les habitudes alimentaires des populations autochtones y compris les éleveurs nomades dont l’alimentation est largement à base des produits d’origine animale (lait, beurre, fromage et viande).

Qu’ils s’agissent d’éleveur nomade ou de producteur de céréales, la reconversion est alors plus qu’une nécessité pour vivre, dans un environnement difficile du fait de la persistance de l’insécurité et la fréquence de catastrophes naturelles. Tout ceci pour expliquer la rudesse des pratiques des populations pour pouvoir survivre.

Des programmes d’aide humanitaire sont mis en œuvre par les États et leurs acteurs partenaires, sous forme des bons en nourriture, ou d’argent cash, au profit des groupes vulnérables dans les zones les plus exposées. Mais ces actions sont insuffisantes au regard du nombre de populations affectées par la crise.

Le Droit à l’alimentation est fondamental et en tant qu’outil de référence, les documents du CSA devraient permettre l’adéquation des décisions politiques et les pratiques d’acteurs, notamment, les Etats et leurs partenaires sur le terrain, dont les organisations des paysans, les petits producteurs d’aliments et les exploitants des Ressources Naturelles, pour la promotion des systèmes alimentaires sains et durables.

Cependant, nous avons vu que le processus des Directives Volontaires sur les Systèmes Alimentaires et Nutrition n’a pas répondu au but d’améliorer les conditions actuelles de vie des habitants de la planète et celle des générations futures

Au cours des dernières semaines de négociations des directives volontaires sur les systèmes alimentaires et la Nutrition, nous avons pressenti, des positions rigides de certaines délégations et le rejet de nos propositions bien qu’elles ont été formulées dans un esprit de compromis. Nous manifestons ainsi notre étonnement à ce stade du processus, car nous estimons que cette attitude décourage et limite la portée des directives et constitue un préjudice au principe de consensus et au succès des Directives.

Dans le cas du MSC, nous ne pouvons pas nous prononcer de manière ferme sur ces directives avant d’organiser une consultation inclusive pour prendre une décision transparente et démocratique avec nos secteurs. Nous observons que le processus de négociations des Directives a répondu davantage au calendrier du Sommet et non au mandat du Csa qui consacre le caractère d’inclusivité de cet espace.

En tant que MSC, nous nous demandons donc: est-ce ce consensus fictionnel n’aurait-il pas réduit les standards du document ? Est-ce que celui-ci donne réellement des orientations vers des systèmes alimentaires sains, équitables et en harmonie avec le réseau de vie de la planète ? Où est la vision collective et la stratégie pour répondre à la conjoncture de la crise actuelle ?

Nous voudrions élargir et partager ces réflexions avec les membres présents aujourd’hui. Notamment, nous encourageons les représentants des pays les plus touchés par les inégalités globales, la faim et la crise environnementale à se joindre à ces questionnements. Comment utiliserez-vous ces directives ? Quelle sera son utilité ? Face au résultat final, nous avons entendu dans la salle aujourd’hui une grande inégalité en termes de mécontentement. Ce mécontentement devrait être dûment reflété dans le rapport final de la 47e session plénière du CSA. Nous constatons également qu’un certain nombre de pays n’ont pas approuvé les lignes directrices.

Nos petits producteurs continueront à s’engager pour que le CSA puisse apprendre de cette dure leçon et puisse surpasser et gagner ce challenge, en stimulant, à travers ses futurs documents des comportements nouveaux socialement, économiquement et environnementalement acceptables, sans compromettre l’avenir des futures générations et que cette dynamique à l’échelle mondiale soit dupliquée au niveau de chaque pays.

Toutes les déclaration du MSC au sujet des Directives sont disponibles ici

Suivez la conversation sur Twitter avec le hashtag #VGFSyN