« Le droit à une alimentation adéquate est le droit à la dignité et à la vie »

13 October 2018, Rome, Italy - Civil Society Mechanism Forum (CSM). FAO Headquarters (Green Room).

Photo credit must be given: ©FAO/Giulio Napolitano. Editorial use only. Copyright ©FAO.

Le Forum mondial de la société civile consolide ses positions en preparation de la CSA 45

Boaventura Monjane

Le Forum mondial de la société civile, un rassemblement annuel qui rassemble une ensemble varié  d’organisations et d’individus travaillant sur les questions en rapport avec l’alimentation et la nutrition, s’est ouvert ce samedi (13 octobre) à Rome, Italie.

Plus de trois cents participants, venus de tous les continents, se sont réunis pendant deux jours pour se mettre d’accord sur les positions de la société civile qui seront présentées lors de la 45ème session plénière du Comité mondial des Nations unies pour la sécurité alimentaire (CSA), qui aura lieu du 15 au 19 octobre.

Présidant la séance d’ouverture du forum, Saul Vicente Vasquez, du secteur social des peuples autochtones, a rappelé que le droit à l’alimentation, à la dignité et à la vie ne pouvaient être dissociés les uns des autres.

« Il n’y a pas de dignité sans une alimentation adéquate et le droit à une alimentation adéquate est un droit humain essentiel qui doit être défendu, respecté et réalisé dans le monde entier », a-t-il déclaré.

Parmi les orateurs de la séance d’ouverture figuraient le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, FAO, le Président du CSA et le représentant du Fonds international pour le développement agricole (FIDA). Tous ont reconnu la situation tragique de la faim et de la malnutrition croissante dans le monde.

Pour la société civile, il est donc essentiel de replacer l’approche fondée sur les droits humains au cœur de la prise de décision et de la gouvernance en matière de sécurité alimentaire.

« C’est un droit humain qui est violé et de nombreuses personnes sont privées d’alimentation, comme le confirme le rapport de l’ONU », a déclaré Ramona Dominicioiu, du Mécanisme de la société civile. Ramora faisait référence au rapport récemment publié par l’ONU sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, qui constate qu’au moins 821 millions de personnes – soit plus que l’ensemble de la population actuelle en Europe – n’ont pas assez à manger.

Le rapport confirme ce que savent déjà les personnes luttant en première ligne contre l’insécurité alimentaire – le monde n’est pas sur la bonne voie quand il s’agit de lutter contre la faim dans le monde et l’objectif « Zéro Faim » d’ici 2030 risque fort de ne pas être atteint.

Les participants au Forum de la société civile, dont certains viennent des pays les plus touchés par la faim et la malnutrition, estiment que leurs points de vue doivent être pris plus au sérieux par les gouvernements et les institutions dans le cadre des prises de décisions politiques et pratiques autour des questions de gouvernance alimentaire. Ils représentent des groupes tels que les Petits paysans et l’agriculture familiale, les Pastoralistes/Nomades, les Pêcheur artisanaux, les Peuples autochtones, les Consommateurs, les Travailleurs agricoles et dans l’agroalimentaire, les Urbains en situation de précarité alimentaire, les Sans-terre, les Femmes, les Jeunes et les ONG.

Le Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSC) est l’organisateur de ce forum et porte la parole et les positions de ces secteurs sociaux lors des réunions plénières du CSA. Les organisations et mouvements qui participent à l’espace du MSC, y compris ceux des petits producteurs et consommateurs de denrées alimentaires, rassemblent plus de 300 millions de membres affiliés sur tous les continents.

Dans la vidéo ci-dessous, Elene Shatberashvili de la « Biological Farmer Association Elkana » et militante de La Via Campesina en Géorgie, explique ce qu’est un forum de la société civile et pourquoi il s’agit d’un espace important.

Les organisations et mouvements qui participent au MSC incluent les détenteurs de droits, sujets de leur propre développement et qui sont les contributeurs les mieux informés aux débats sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde, bien qu’ils soient parmi les plus touchés par l’insécurité alimentaire et la malnutrition.

« Non seulement nous connaissons la réalité, mais nous en faisons aussi partie. Nous vivons la réalité quotidienne dans notre pays en tant que producteurs d’aliments, pêcheurs, consommateurs, travailleurs agricoles et travailleurs de l’alimentation. Qui est plus légitime que nous dans les débats sur les politiques alimentaires ? » demande Azra Sayeed, de l’Alliance internationale des femmes, Pakistan.

Le CSA, en tant que plate-forme internationale et intergouvernementale la plus inclusive, est aussi un espace de débat animé où les idéologies alimentaires sont contestées et développées. Il n’est pas difficile d’imaginer à quel point il est difficile de parvenir à un accord, au sein d’un espace où de nombreux acteurs défendent chacun des intérêts différents.

S’il est communément admis que la crise de la faim est une réalité, les avis divergent quant aux solutions à y apporter. La plupart des organisations participant au MSC défendent l’agroécologie, une forme alternative d’agriculture durable, et la souveraineté alimentaire comme paradigme alternatif pour transformer les systèmes alimentaires actuels.

Ce point de vue est également partagé par Hilal Elver, Rapporteuse spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Mme Elver a déclaré dans son discours au forum de la société civile que le secteur agro-industriel exerce une influence énorme sur le secteur dans les négociations sur la politique alimentaire aux niveaux mondial, national et local. Mais, a-t-elle déclaré, il ne fait aucun doute que l’agroécologie est la seule alternative si on veut mettre fin à la faim croissante, a-t-elle déclaré. « L’agroécologie sera [de plus en plus] l’unique solution. Quand tout le monde comprendra cela, il sera peut-être trop tard. Nous devons faire pression maintenant pour en faire une alternative acceptable. »