Les femmes rurales s’expriment lors de la plénière de l’ONU sur la sécurité alimentaire : « Après une décennie de célébration de la Journée internationale de la femme rurale, on continue à nous refuser nos droits »

FAO:Alessia Pierdomenico

Pour diffusion immédiate : Lundi 15 octobre 2016 :

Les agricultrices, les femmes pêcheurs, les femmes pastoralistes, les travailleuses agricoles et les petites exploitations autochtones nourrissent leurs communautés depuis des siècles mais restent largement invisibles dans le monde de l’agriculture.

Dans le cadre de la célébration, ce jour, de la Journée internationale des femmes rurales au Comité des Nations Unies sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA) réuni en session plénière à Rome, un panel d’expertes sur la sécurité alimentaire, représentant les organisations de base des femmes, s’est réuni pour partager les expériences, les luttes et les revendications.

La table ronde a été organisée par le Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSC) du CSA, une plateforme qui rassemble des organisations travaillant sur les questions d’alimentation et de nutrition ainsi que des producteurs d’aliments, représentant plus de 380 millions de membres à travers le monde.

En introduisant la session, Ruchi Tripathi, qui présidait la table ronde et travaille comme responsable du département « Moyens de subsistance résilients et justice climatique » à ActionAid International, a souligné de l’importance de reconnaître les identités multiples et les luttes uniques des femmes rurales.

Plusieurs intervenants ont souligné qu’il existait des politiques et des lois sur les droits des femmes, notamment la recommandation 34 sur les droits des femmes rurales formulée par le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes des Nations Unies. Mais toutes ces mesures ne sont pas mises en pratique.

La Rapporteure spéciale des Nations Unies sur le Droit à l’alimentation, Hilal Elver, a parlé du fossé existant entre la dimension légale et sa mise en œuvre. « La loi ne parvient pas à atteindre les confins des villages, les pêcheurs ou les peuples autochtones », a-t-elle déclaré.

L’oratrice Christina Louwa, du Forum Mondial des Peuples de Pêcheurs (WFFP), a déclaré : « Il est fort regrettable qu’après une décennie de célébration de la Journée internationale de la femme rurale, nous en soyons encore réduit à formuler toujours les mêmes exigences et n’ayons pas encore pleinement accès à ces droits. »

« Les femmes des petites communautés de pêcheurs et les femmes autochtones sont les piliers et la colonne vertébrale de leurs communautés et jouent un rôle clé en contribuant à l’alimentation et à la sécurité alimentaire de leurs familles et de leurs communautés. Leurs vies et leurs moyens d’existence, ainsi que ceux de leurs communautés, sont menacés par des facteurs tels que l’exploitation des océans, des lacs, des terres et des ressources naturelles, la privatisation, l’exclusion, la marginalisation, le viol et le harcèlement sexuel ».

Elle a appelé les gouvernements à faire participer les femmes des communautés de pêcheurs et les femmes autochtones ainsi que leurs représentants à la prise de décision à tous les niveaux.

Iridiani Seibert, de La Via Campesina et coordinatrice du secteur social « Femmes » du MSC, est également revenue sur la décennie passée de célébration de la Journée internationale de la femme rurale, soulignant le rôle central de l’agroécologie pour la réalisation des droits des femmes.

Cependant, elle s’est dite déçue d’apprendre que les femmes rurales n’avaient presque pas été incluses dans la plénière d’ouverture du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire à l’occasion de la Journée internationale des femmes rurales : « C’est très douloureux pour nous de constater que nous avons failli avoir trois hommes orateurs pendant la cérémonie d’ouverture et aucune femme rurale. »

Les femmes représentent près de la moitié des 500 millions d’agriculteurs familiaux dans le monde, qui produisent 80 % de la production alimentaire mondiale. Mais elles sont aussi les plus touchées par l’augmentation de la faim dans le monde. On estime qu’environ 60 % des 821 millions de personnes qui n’ont pas assez à manger sont des femmes.

Au fur et à mesure que l’agriculture industrielle se développe à grande échelle, les femmes rurales sont spoliées et leur connaissance des méthodes de production alimentaire durable est en train de se perdre.

Azra Sayeed, oratrice, de l’Alliance internationale des femmes du Pakistan, a déclaré que la demande la plus cruciale à aborder par les gouvernements qui se réunissent cette semaine est la distribution équitable de la terre.

« Sans terre, les femmes sont contraintes à diverses formes d’exploitation par le travail », a-t-elle déclaré. « Nous exigeons également que des fonds publics soient mis à disposition afin que l’agriculture agroécologique puisse être promue et pratiquée. »

« Les femmes revendiquent la souveraineté alimentaire car elle permet aux petits producteurs, en particulier aux femmes, d’être au centre du processus de prise de décision, un processus qui permettra aux travailleuses agricoles sans terre de construire une société durable, maintenant et pour les générations futures. »

Paulomee Mistry, représentant le Syndicat international des travailleurs de l’alimentation et de l’agriculture, a parlé de la nécessité de verser un salaire décent aux travailleurs agricoles et de réduire l’écart salarial entre les hommes et les femmes.

Elle a parlé de l’expérience des femmes qui travaillent dans les plantations de thé en Inde, où les femmes représentent 80 % de la main-d’œuvre, mais seulement 1 % des superviseurs, ce qui signifie qu’elles sont victimes de violence et de harcèlement au travail. Elles sont confrontées à de faibles salaires et à un manque de sécurité d’emploi, ce qui les rend socialement, économiquement et physiquement vulnérables.

Maria Teresa Alvarez a partagé les expériences des femmes pasteurs argentines. Elle a déclaré que les communautés étaient durement touchées par l’accaparement des terres et une réduction de l’espace pour leurs pratiques agricoles traditionnelles. Entre-temps, des aliments hautement transformés ont été introduits, en particulier dans les écoles, ce qui nuit à la santé des gens.

S’exprimant après la session, Ruchi Tripathi d’ActionAid a déclaré : « L’expérience de ces femmes montre clairement qu’il ne peut y avoir de solution à la faim dans le monde sans restaurer les droits des femmes et des communautés rurales sur les ressources naturelles et sans investir dans une agriculture  » agroécologique  » résilient face au changement climatique et qui se fonde sur leurs connaissances. »

[Fin du communiqué]

Pour plus d’informations et des interviews, contactez Jenna Pudelek au bureau de presse d’ActionAid International au +44 (0)7795642990 ou envoyez un courriel à jenna.pudelek@actionaid.org et à Teresa Maisano du Mécanisme de la société civile pour les relations avec le Comité mondial de la sécurité alimentaire (MSC) au +39 334 342 1146 ou par courriel  teresa.maisano@csm4cfs.org

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