Vers des politiques publiques orientées sur les petits producteurs et les petites productrices : Rapport indépendant du MSC

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Vers des politiques publiques orientées sur les petits 

producteurs et les petites productrices :

Rapport indépendant du Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones  pour les relations avec le Comité de la sécurité alimentaire  mondiale sur le suivi de l’utilisation et de la mise en oeuvre des recommandations politiques du CSA sur les petits exploitants 

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Bien que les personnes produisant des aliments à petite échelle ou les petits exploitants alimentent la grande majorité de la population du monde, leur importance n’a pas encore été reconnue dans les instances mondiales d’élaboration des politiques. Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) a quant à lui joué un rôle-clé en la matière, en remettant en question le discours dominant selon lequel la seule solution à l’insécurité alimentaire consiste à recourir à la technologie pour produire plus d’aliments et à l’agroindustrie pour les transformer et les acheminer aux consommateurs. Depuis sa réforme, en 2009, le CSA a reconnu tant la capacité des petits producteurs et petites productrices à prendre en main leur propre développement que leurs rôles fondamentaux dans la concrétisation du droit à l’alimentation et la réalisation de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Par le biais de ses processus de convergence des politiques, il a oeuvré à soutenir les petits producteurs et les petites productrices dans ces rôles. Cette orientation politique est un résultat direct de la participation et des preuves apportées par les petits producteurs et petites productrices du monde entier aux processus politiques du CSA. 

Cette année, le CSA place les petits producteurs et les petites productrices au premier plan, en réalisant un suivi de l’utilisation et de l’application de trois recommandations politiques émanant du Comité : Investir dans la petite agriculture en faveur de la sécurité alimentaire et de la nutrition (40e session du CSA, 2013), Mise en relation des petits exploitants avec les marchés (43e session du CSA, 2016) et Le développement agricole durable au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition, y compris le rôle de l’élevage. (43e session du CSA, 2016) Le présent rapport est la contribution du Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSC) à ce processus. Reposant sur une approche fondée sur les droits humains et sur les échanges réalisés avec des acteurs du monde entier, il se base sur la réalité du terrain afin d’évaluer non seulement la manière dont les recommandations politiques ont été utilisées au niveau national, régional et mondial, mais aussi pour identifier en quoi réside leur potentiel et à quel niveau un travail supplémentaire est nécessaire. 

Le rapport débute en soulignant les avancées accomplies dans l’utilisation et l’application des recommandations politiques du CSA sur les petits exploitants. Ces recommandations ont aidé à façonner le contenu d’autres initiatives politiques et instruments juridiques des Nations Unies, y compris la Décennie de l’ONU sur l’agriculture familiale et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. Par ailleurs, au sein du CSA, ces processus politiques ont contribué à définir une compréhension et un langage communs sur l’importance du respect, de la protection et de la concrétisation des droits des femmes dans le contexte de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Les groupes de la société civile à travers le monde ont utilisé les recommandations dans leurs efforts de plaidoyer, par exemple pour agir en faveur de l’élaboration de politiques à l’appui de la production agricole familiale pour les marchés locaux en Afrique de l’Ouest et pour contester les régimes universels de règlementation en matière de sécurité sanitaire des aliments en Australie. Les gouvernements tels que celui du Portugal, qui a adopté les Statuts nationaux pour l’agriculture familiale en 2018, ont également utilisé les recommandations pour façonner leur législation nationale. D’une manière générale, bien que les recommandations politiques aient été adoptées à des rythmes douloureusement inadéquats, leur utilisation et leur application démontrent tant leur potentiel à détourner les politiques mondiales des solutions productivistes que leur importance au moment d’améliorer la capacité de petits producteurs à apporter des contributions essentielles à la sécurité alimentaire et à la nutrition, ainsi qu’à la concrétisation progressive du droit à une alimentation adéquate. 

Le rapport décrit ensuite les insuffisances propres aux recommandations du CSA sur les petits exploitants et à leur adoption. Il fait remarquer qu’il continue d’exister un profond manque de reconnaissance du rôle crucial que jouent les petits producteurs et les petites productrices au moment de nourrir la planète. Malgré quelques succès en matière d’adoption, très peu de gouvernements ont adopté les politiques du CSA, qui ne sont pas bien connues en dehors de Rome. Même lorsque des politiques ont été adoptées, des difficultés 

persistent en raison des échecs à procéder à une pleine mise en oeuvre, des niveaux élevés d’incohérence des politiques et du manque d’engagement à mener un suivi des politiques à travers des processus participatifs. Les financements et les soutiens apportés à l’agroécologie paysanne demeurent insuffisants. Au lieu de cela, les États acheminent les fonds publics en direction de la production à grande échelle, sans reconnaître l’importance de l’agroécologie dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ce dernier, et dans l’appui à la production locale et au développement des communautés. Par ailleurs, les droits de participation des petits producteurs et des petites productrices continuent d’être violés. Par conséquent, ces derniers restent invisibles, et leurs droits ne sont ni reconnus ni concrétisés. 

Le futur de nos systèmes alimentaires est plus que jamais en jeu. Selon des chiffres récents, les niveaux de la faim, de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire sont à la hausse, entraînés par des niveaux d’inégalités non viables au sein des pays et entre ces derniers. Sur le terrain, les moyens d’existence des petits producteurs du monde, hommes et femmes, continuent d’être détruits et leur production à petite échelle est attaquée, jour après jour, dans tous les pays et sur tous les territoires. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme, et d’utiliser et d’appliquer les résultats politiques qui ont été négociés et convenus au CSA afin de contester le discours dominant et d’orienter les politiques publiques axées sur les petits producteurs, à tous les niveaux. 

Les petits producteurs et petites productrices peuvent alimenter la plupart de 

la population mondiale et la nourrissent bel et bien. 

Les petits producteurs et petites productrices peuvent promouvoir et 

promeuvent des modèles de production durables et naturels, ancrés dans les structures 

sociales et les systèmes alimentaires territoriaux. 

Le temps est venu de les défendre et d’accorder une plus grande importance 

à leurs voix dans la lutte contre la faim.