Les mêmes pays qui ont soutenu le Cadre d’action du CSA pour la sécurité alimentaire et la nutrition dans les crises prolongées non seulement restent silencieux face au génocide, à l’écocide et à la famine, mais les favorisent activement. – Razan Zuayter, Groupe arabe pour la protection de la nature, participant au Groupe de travail sur les crises prolongées du MSCPA
Depuis plusieurs années, l’insécurité alimentaire mondiale s’aggrave, alimentée par une conjonction de facteurs profondément interconnectés : conflits prolongés, occupations militaires, crises climatiques, inégalités structurelles et politiques néocoloniales. En 2024, près de 300 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë une majorité vivant dans des contextes de guerre ou de crise prolongée.
Le Rapport mondial sur les crises alimentaires 2025 alerte qu’il s’agit de la sixième augmentation annuelle consécutive de la faim dans les environnements les plus fragiles du monde, et désigne les conflits armés comme le principal facteur déterminant dans au moins 20 pays, dont la Palestine, le Soudan, le Yémen, le Mali, la République démocratique du Congo et Haïti.
Dans ce contexte alarmant, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), principal organe intergouvernemental du système des Nations Unies chargé des questions de sécurité alimentaire, a organisé le Dialogue sur la gouvernance collaborative en matière de sécurité alimentaire et de nutrition dans les crises prolongées, inscrit dans son plan de travail pluriannuel 2024–2027 (PTPA 2024-2027). Ce dialogue visait à renforcer la coordination politique face aux crises et à offrir une plateforme inclusive pour analyser les causes profondes de la faim et identifier des réponses systémiques.
Voici quelques-unes des idées clés qui ont émergé du dialogue
- La diffusion, la mise en œuvre et le suivi continus du Cadre d’action du CSA en tant qu’engagement mondial.
- Un appel au CSA pour qu’il serve de plateforme d’alerte précoce et de responsabilisation afin de protéger le droit à l’alimentation et d’empêcher son instrumentalisation.
- La nécessité de relier des espaces tels que le CSA, l’Assemblée générale des Nations unies et l’ECOSOC, afin de renforcer les réponses multilatérales et la coordination de manière cohérente.
- L’importance de renforcer le CSA en tant qu’espace d’inclusion, en particulier pour les voix des régions les plus touchées par la violence structurelle.
- La nécessité de fonder toutes les réponses sur une approche fondée sur les droits humains, en reconnaissant que tous les États ont des obligations juridiques en vertu du droit international qui doivent être respectées, et que les institutions internationales ont la responsabilité de leur demander des comptes et de mettre fin à l’impunité.
La MSCPA a participé au dialogue à travers les voix des peuples touchés par la guerre, les famines organisées, les occupations prolongées et la destruction des systèmes alimentaires. Les interventions percutantes de Razan Zuayter (Groupe arabe pour la protection de la nature) et Souad Mahmoud (Coordination féministe pour la souveraineté alimentaire en Tunisie) l’ont affirmé clarté: la faim n’est pas un phénomène naturel, mais souvent un outil de domination politique.
La nourriture ne peut être séparée de la vie, de la dignité et de la souveraineté
Razan Zuayter, du Groupe arabe pour la protection de la nature (APN)/Réseau arabe pour la souveraineté alimentaire, et membre du Groupe de travail sur les crises prolongées du MSCPA, a prononcé une déclaration forte au nom des secteurs du MSCPA :
« Comment le droit à l’alimentation peut-il être réalisé s’il n’y a pas de droit à la vie elle-même ? ».
Elle a dénoncé le silence et la complicité de la communauté internationale face à la famine massive et au génocide à Gaza, malgré le soutien unanime au Cadre d’action du CSA (CDA-CSA), qui délégitime explicitement l’utilisation de la nourriture comme arme.
Il a souligné que le CSA doit aller au-delà de la coordination et remplir son rôle de plateforme pour la reddition de comptes au niveau mondial. Razan a souligné comment, de Gaza et du reste de la Palestine historique au Liban, au Congo, au Soudan, en Haïti et au Yémen, le colonialisme de peuplement et extractiviste, la militarisation et les politiques dictées par les donateurs continuent de détruire les systèmes alimentaires et les moyens de subsistance.
Razan a également appelé les États membres et les institutions à :
- Mettre fin aux flux commerciaux et financiers qui alimentent les crimes de guerre.
- Soutenir les mécanismes de justice internationale, tels que la Cour internationale de justice ;
- Faire respecter la responsabilité internationale.
Renforcer le rôle du CSA
Face à cette situation de non-droit et d’injustice structurelle, Souad Mahmoud, de la Coordination Féministe pour la Souveraineté Alimentaire/Tunisie et membre du Comité de coordination du MSCPA, a renforcé les demandes collectives adressées au CSA afin qu’il :
- Participe aux enquêtes internationales, notamment sur la situation à Gaza. Comme celle de l’ECOSOC sur la situation sanitaire et nutritionnelle à Gaza.
- Soutienne explicitement la Cour internationale de justice et aux mécanismes du Conseil des droits de l’homme.
- Intégrer les contextes d’occupation, de colonialisme et d’inégalités dans l’analyse des politiques alimentaires, développées par le HLPE.
- Reconnaître le rôle central des mouvements sociaux et des communautés dans la gouvernance des systèmes alimentaires.
- Reconstruire les systèmes alimentaires par les peuples eux-mêmes, à travers une approche fondée sur les droits humains.
Assez de silence, assez d’impunité. Le message de Souad lors du dialogue du CSA était clair :
- Assez de silence face à la mort. Devant l’impunité persistante des acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la destruction délibérée des systèmes alimentaires.
- Assez de la famine utilisée comme arme. Ce fait démontre l’inefficacité des institutions internationales à garantir la protection du droit à l’alimentation dans des contextes d’occupation militaire ou de colonisation prolongée.
- Assez d’une gouvernance soumise à une logique néocoloniale. L’insuffisance des politiques mondiales, parfois en contradiction avec les principes promus par le CSA, notamment en ce qui concerne l’accès à la terre, aux semences et la transition agroécologique.
- Assez d’une ONU paralysée par les vétos. La justice internationale est aujourd’hui prise en otage par les rapports de force géopolitiques, tandis que des populations sont affamées à mort.
Gaza : un effondrement délibéré, un génocide planifié
Le cas de Gaza illustre de manière dramatique les limites de l’approche humanitaire actuelle. Depuis octobre 2023, la bande de Gaza est le théâtre d’un effondrement organisé, où la famine est délibérément utilisée comme arme de guerre.
Des chiffres alarmants :
- Plus de 38 400 personnes tuées, dont plus de 14 000 enfants et 10 000 femmes.
- 1,9 million de personnes déplacées de force, soit plus de 87 % de la population.
- 95 % des terres agricoles détruites : serres, systèmes d’irrigation, infrastructures hydrauliques.
- 97 % de l’eau impropre à la consommation.
- Le système de santé est effondré, avec plus de 30 hôpitaux sur 36 hors service.
- 50 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë (UNRWA, mai 2025).
- Les pêcheurs sont empêchés d’accéder à la mer, les intrants agricoles sont bloqués, les marchés sont vides.
Ce n’est pas une crise humanitaire “classique” : c’est un génocide assumé, documenté et planifié. Et pourtant, la communauté internationale reste paralysée, non par ignorance, mais par complicité silencieuse et par la dictature des vétos au Conseil de sécurité.
D’autres exemples Soudan, Yémen, RDC confirment une tendance préoccupante : l’alimentation est instrumentalisée à des fins militaires ou géopolitiques, en violation flagrante des principes fondamentaux du droit international humanitaire et des engagements pris dans le Cadre d’action du CSA pour les crises prolongées (CDA-CSA).
Résister, semer, reconstruire : la souveraineté alimentaire comme dignité
Le MSCPA rappelle que la souveraineté alimentaire n’est pas seulement un droit : elle est aussi une forme de résistance active. Même à Gaza, malgré les bombes et les blocus, des paysan.nes continuent de semer, de nourrir, de reconstruire. Cette dignité collective mérite d’être soutenue, honorée et défendue.
Au cours du dialogue, Razan a donné l’exemple d’initiatives telles que la Résistance verte du Groupe arabe pour la protection de la nature en Palestine, qui a réussi à aider 600 agriculteurs à cultiver des denrées alimentaires et à approvisionner les marchés de Gaza avec 6 millions de kilos de légumes et de denrées alimentaires pendant le génocide.
À propos des Dialogues sur la gouvernance collaborative du CSA
Pour le MSCPA, ces dialogues sont une occasion unique de mettre en lumière les causes structurelles de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition, au-delà des négociations fondées sur le consensus. En tant que plateforme ouverte, le dialogue permet le témoignage direct et l’échange de connaissances, en particulier des secteurs les plus touchés par les conflits et l’insécurité alimentaire.
Comme l’a souligné la présidente du CSA, l’ambassadrice Nosipho Jezile, dans son discours d’ouverture, les résultats du dialogue pourraient compléter d’autres processus en cours à l’Assemblée générale des Nations unies, au Conseil de sécurité et au Conseil des droits de l’homme, en offrant un espace pour un débat concret fondé sur les réalités vécues par les populations.
Lors du Dialogue sur la gouvernance collaborative du CSA, le MSCPA a réaffirmé une vérité souvent oubliée :
« l ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans justice politique. Et il ne peut y avoir de justice sans solidarité entre les peuples ».
À lire, à partager, à amplifier
Ce blog est un appel à l’action :
- Un appel à faire du CSA un espace d’action et de vérité, pas un espace d’oubli.
- Un appel à résister à la déshumanisation et à revendiquer la vie, la justice et la souveraineté des peuples.
- Un appel à faire entendre partout où l’on tente d’étouffer les voix qui disent NON à l’impunité, NON à la faim comme arme, OUI à la dignité, OUI à la résistance.
Traduction non professionnelle
Nous sommes réunis ici, poursuivis par la mort à Gaza, et nous nous demandons : sont-ils les seuls, ou sommes-nous les plus morts dans notre humanité et notre intégrité ?
Il y a dix ans, après une longue lutte, nous avons célébré le Cadre d’action du CSA, soutenu par tous les pays, qui délégitimait l’instrumentalisation de l’alimentation dans le contexte des crises prolongées.
Aujourd’hui, ces mêmes pays non seulement gardent le silence face au génocide, à l’écocide et à la famine, mais ils les favorisent activement.
Devons-nous laisser tout ce que nous avons construit rester une illusion ?
Aux États-Unis : l’extermination de plus de 900 Palestiniens qui cherchent des miettes pour survivre dans les pièges mortels de la Fondation humanitaire de Gaza est-elle compatible avec votre ambition d’être un pacificateur ?
À l’Union européenne : qui et combien faut-il tuer avant de revoir les accords commerciaux ?
Aux acteurs économiques : le génocide vaut-il la concurrence sur le marché ?
Aux OSC : N’est-il pas opportun de rompre la conditionnalité des donateurs ?
Au PAM : Pourquoi ne pouvez-vous pas apporter une seule graine de tomate à Gaza ?
À la FAO : pourquoi n’avez-vous pas travaillé à la relance du système alimentaire local depuis le début du génocide ?
Tels sont les fondements du Cadre d’action du CSA.
En fait, à l’ONU et à tous les acteurs du CSA : pourquoi avez-vous gelé le Cadre d’action du CSA, qui promeut des systèmes alimentaires souverains fondés sur une paix durable et juste ?
L’ordre mondial n’est pas conçu pour lutter concrètement contre l’occupation militaire ou coloniale.
Les tactiques génocidaires et écocides qui se manifestent sous leur forme la plus dépravée à Gaza sont également déployées dans le reste de la Palestine historique, au Liban et en Syrie, ainsi que dans des projets coloniaux d’extraction au Congo et au Soudan.
L’aide alimentaire est également utilisée comme une arme, comme on le voit au Yémen, en Haïti et dans de nombreux autres endroits.
Il s’agit là de violations profondes du droit à l’alimentation, mais comment le droit à l’alimentation peut-il être réalisé s’il n’y a pas de droit à la vie ?
Le récent rapport de la rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese, révèle le réseau mondial d’acteurs corporatifs et d’organisations caritatives qui financent le génocide et le colonialisme en Palestine. Les entreprises continuent d’opérer dans un espace d’impunité.
Le potentiel des décennies et des conventions des Nations unies pour garantir la justice est entravé par les conditions, ou plutôt les instructions, des donateurs.
Les récits orientalistes recyclés par les médias, l’éducation et la politique étrangère reformulent la domination coloniale comme un droit divin, conférant une légitimité morale aux États pour négliger leurs obligations extraterritoriales de prévention et de réparation des crimes.
Cela se manifeste de manière frappante dans la manière dont le droit de veto du Conseil de sécurité des Nations unies est utilisé pour protéger des régimes qui commettent des génocides, affament et déplacent des populations.
Cependant, nous ne sommes pas sans défense. Le pouvoir agit à travers nous : la façon dont nous parlons, dont nous nous souvenons, dont nous résistons et dont nous agissons.
Rien ne devrait empêcher ceux qui sont ici présents de demander la fin immédiate du génocide à Gaza.
Récupérons le droit international comme outil pour s’attaquer aux racines de l’injustice structurelle.
Comment est-il possible que nous n’ayons toujours pas reconnu l’écocide comme un crime international ?
Nous pouvons lutter pour la souveraineté alimentaire et soutenir les agriculteurs, même en période de conflit. C’est possible. Notre organisation, le Groupe arabe pour la protection de la nature, sans aucun financement étranger, a aidé 35 000 agriculteurs en Palestine en leur fournissant des intrants agricoles et en plantant 3,1 millions d’arbres fruitiers qui font vivre un quart de million de personnes. Nous saluons les organisations et les familles qui accomplissent ce travail essentiel partout dans le monde.
Nous devons diffuser et traduire le Cadre d’action en tant que cadre viable pour relancer les systèmes alimentaires en s’attaquant aux causes profondes, en consolidant la paix fondée sur les droits et le développement. Tous les acteurs doivent également évaluer et actualiser leur alignement sur le Cadre d’action. Nous exhortons le CSA à ne pas se limiter à la coordination des politiques, mais à servir de plateforme pour la responsabilisation internationale. Cela doit s’étendre à la manifestation du soutien à la Cour internationale de justice.
Les États doivent mettre fin à tout commerce qui soutient le génocide et faire respecter la responsabilité des entreprises. Nous saluons ici le Groupe de La Haye, qui prend des mesures concrètes pour faire respecter le droit international contre le génocide.
Nous devons être précis dans la terminologie qui sous-tend les politiques. Le génocide n’est pas un différend et le « renforcement de la résilience » n’est pas l’absorption des « chocs », mais une transformation structurelle. Cela s’inscrit dans un projet plus large de décolonisation de la production des connaissances.
La société civile peut jouer un rôle essentiel dans le rétablissement de la souveraineté alimentaire dans les situations de conflit, d’occupation et de génocide.
Regardez maintenant Gaza. Les agriculteurs continuent de semer des graines face à la famine systématique. La résistance verte de l’APN a réussi à aider 600 agriculteurs à cultiver des denrées alimentaires et à approvisionner les marchés de Gaza avec 6 millions de kilos de nourriture pendant le génocide. Imaginez ce qui pourrait être accompli si tous les acteurs se mobilisaient pour défendre la vie.
Merci Madame la modératrice
Nous saluons l’engagement du CSA à renforcer les mécanismes de coordination et de gouvernance en matière de sécurité alimentaire et de nutrition. Toutefois, les défis que nous affrontons aujourd’hui vont bien au-delà d’un déficit de coordination. Ils sont systémiques, structurels et liés à une gouvernance mondiale profondément asymétrique.
Les données de 2024 sont sans appel : près de 300 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, en majorité dans des contextes de conflit et d’instabilité. Le cas de Gaza est emblématique : l’effondrement de la production alimentaire, la restriction de l’accès à la mer pour les pêcheurs, l’impossibilité d’accéder aux intrants agricoles tout cela illustre une stratégie où la faim devient un instrument de guerre.
D’autres exemples Soudan, Yémen, RDC confirment une tendance préoccupante : l’alimentation est instrumentalisée à des fins militaires ou géopolitiques, en violation flagrante des principes fondamentaux du droit international humanitaire et des engagements pris dans le Cadre d’action du CSA pour les crises prolongées (FFA).
Il est important de reconnaître que chaque crise – que ce soit à Gaza, en Ukraine, au Soudan ou en RDC – a ses causes profondes, ses dynamiques géopolitiques, et ses conséquences spécifiques. Les regrouper dans une même analyse sans distinguer leurs contextes historiques, politiques et sociaux risque de masquer les responsabilités spécifiques, d’effacer les revendications propres des peuples concernés et de rendre invisibles les mécanismes structurels de domination, d’occupation ou de guerre qui les traversent.
Mélanger ces situations revient à uniformiser des luttes qui sont pourtant différentes, ce qui affaiblit la portée politique de chaque cause. Face aux enjeux politiques globaux, il est crucial de bâtir des solidarités internationales basées sur la compréhension des particularités, et non sur une simplification qui pourrait nuire à la justice que chaque peuple réclame.
Défis structurels
Trois facteurs interconnectés doivent être traités :
1-L’impunité persistante des acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la destruction délibérée des systèmes alimentaires.
2- L’inefficacité des institutions internationales à garantir la protection du droit à l’alimentation dans les contextes d’occupation militaire ou de colonisation prolongée.
3- L’inadéquation des politiques globales, parfois en contradiction avec les principes que le CSA promeut, notamment en matière d’accès à la terre, aux semences, ou de transition agroécologique.
Recommandations opérationnelles
Dans ce contexte, nous formulons les recommandations suivantes :
4- Renforcer la fonction de redevabilité du CSA : au-delà de la coordination, il est impératif que le CSA assume une fonction explicite de suivi, d’alerte et d’interpellation, notamment à travers le soutien aux mécanismes du Conseil des droits de l’homme et de la Cour internationale de justice.
5- Reconnaître les contextes d’occupation et d’injustice structurelle dans l’analyse du CSA : il est nécessaire d’élaborer une méthodologie spécifique pour évaluer la pertinence et l’applicabilité des recommandations du CSA dans les situations où la souveraineté nationale est niée.
6- Promouvoir une approche fondée sur les droits humains : la résilience ne peut être un substitut à la justice. Il est indispensable que les futures politiques du CSA s’inscrivent dans une logique de réparation, d’accès aux ressources et de reconstruction des systèmes alimentaires par les communautés elles-mêmes.
7- Agir en articulation avec les dynamiques existantes : le CSA, en tant qu’espace intergouvernemental, a la responsabilité de garantir que les processus de consultation demeurent ouverts et accessibles aux dynamiques portées par les mouvements sociaux, créer un cadre propice à l’expression autonome de ces initiatives et à veiller à ce qu’elles soient reconnues et prises en compte dans les débats et les orientations politiques globales.
8-Par ailleurs, l’initiative du HLPE sur les questions émergentes, pourrait constituer un levier important pour aborder de manière prospective ces enjeux structurels. Il serait pertinent de veiller à ce que de tel initiative intègre les perspectives des communautés affectées, notamment dans les contextes de crises prolongées, et dialogue avec les travaux existants sur les droits humains et les systèmes alimentaires en reconstruction.
9- Nous souhaitons que le CSA participe à l’enquête que l’ECOSOC se propose de mener sur les besoins sanitaires et nutritionnels de la population de Gaza, ainsi qu’à l’élaboration d’un plan visant à répondre à ces besoins de manière continue et durable.
Les résultats de cette enquête soient présentés lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies
Conclusion
La gouvernance collaborative ne peut se limiter à une plateforme de dialogue. Elle doit inclure des mécanismes de responsabilisation, de soutien actif aux communautés affectées, et une lecture politique des causes profondes des crises prolongées.
Car il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans justice politique. Et il ne peut y avoir de justice sans vérité, responsabilité et solidarité internationale.
En tant que plateforme inclusive, le CSA a l’opportunité et la responsabilité de contribuer à une transformation systémique, centrée sur la dignité, les droits et la souveraineté des peuples.
Le CSA doit être un espace qui refuse la neutralité face à l’injustice, un espace où les droits des peuples ne sont pas soumis à des équilibres géopolitiques, mais défendus comme universels.
Liens utiles :
- Agenda du quatrième dialogue collaboratif sur la gouvernance en matière de sécurité alimentaire et de nutrition dans les crises prolongées
- De l’économie de l’occupation à l’économie du génocide. Rapport de la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 (2025).
- Déclaration de la présidente du CSA sur la situation humanitaire à Gaza et dans d’autres zones de conflit (en anglais)
- La Via Campesina condamne l’attaque des forces israéliennes contre la banque de semences de l’UAWC à Hébron, en Palestine
- La faim et le droit à l’alimentation, avec une attention particulière à la souveraineté alimentaire du peuple palestinien. Rapport du Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation (2024).
- Garantir le droit à l’alimentation pour tous et partout ! Déclaration des organisations de la société civile sur la Conférence « Politiques contre la faim 2025 » (en anglais).
- Crises alimentaires aiguës provoquées par des conflits : réponses politiques possibles à la lumière des urgences actuelles. Document thématique du HLPE. (2024)
- Gaza : les négociations internationales doivent aboutir à un cessez-le-feu permanent. Communiqué de presse de Diakonie Katastrophenhilfe. En allemand uniquement.
- À propos des Dialogues sur la gouvernance collaborative du CSA
