Merci au Secrétariat pour son engagement et son action dans l’organisation de ce forum sur l’assimilation, un an seulement après l’adoption des Directives, et pour avoir donné au MSCPA l’espace nécessaire pour partager ses points de vue et ses engagements.
Ces Directives sur le genre ont été saluées par cette plénière comme une réalisation révolutionnaire, attendue depuis longtemps et transformatrice pour le CSA. Cependant, sur le terrain, nous n’avons pas encore constaté de progrès significatifs dans la prise en compte et l’élimination des causes profondes des inégalités de genre qui affectent le droit à l’alimentation et à la nutrition des femmes, des filles, des personnes queer, trans et non binaires, lesbiennes, intersexes, gays et bisexuelles.
Le contexte actuel de crises multiples et croisées, exacerbé par des occupations brutales, des guerres et des conflits en Palestine, au Liban, au Soudan, au Yémen, en Ukraine, entre autres, exige de toute urgence que nous placions la question de la justice de genre au centre de notre agenda politique, de nos délibérations et de nos actions. L’utilisation et l’application des Directives du CSA sur le genre doivent être immédiatement rendues opérationnelles. Chacune et chacun d’entre nous, en tant que composante essentielle de ce comité multiacteurs des Nations Unies, a un rôle spécifique à jouer, aux niveaux local, national, régional et mondial, avec ses aptitudes, ses compétences et ses relations spécifiques pour assurer la mise en œuvre.
Bien que la complexité des défis à relever aujourd’hui soit accablante, la recette pour que ces Directives prennent vie et ne prennent pas la poussière sur les étagères du CSA est simple et claire :
- la volonté politique et l’action, tant de la part des gouvernements que des organismes ayant leur siège à Rome ;
- des efforts conjoints avec une variété d’acteurs ;
- des moyens financiers substantiels.
Laisser ces Directives sur une étagère reviendrait à continuer à nier notre existence, ce qui serait l’une des manières les plus cruelles de pratiquer le patriarcat institutionnel et structurel. Ce n’est pas ce que nous voulons, n’est-ce pas ?
Le Groupe de travail du MSCPA sur les femmes et les diversités de genre est un espace inclusif et bienveillant. Nous avons grandi et appris en tant que groupe bien avant que l’axe de travail du CSA sur l’égalité des sexes ne soit mis en place. Nous avons établi des liens profonds entre des femmes et des personnes de genre différent, d’origines géographiques et raciales diverses, d’identités variées comme des paysan·nes, des peuples autochtones, présentant une diversité fonctionnelle, des personnes plus ou moins jeunes, des féministes, des personnes prodiguant des soins, des survivant·es, des leaders de mouvements sociaux, des défenseur·euses de l’environnement… C’est beau, c’est fort, et cela a beaucoup d’importance !
Nous avons participé aux négociations en subissant un retour de bâton à mi-parcours. Nous considérons donc les Directives uniquement comme un point de départ pour aller collectivement de l’avant. Nous savons que notre active participation a fait une énorme différence. Désormais, mettons-nous d’accord sur le fait que personne ne fera de pas en arrière !
Le MSCPA est prêt et déterminé à intégrer les Directives dans nos territoires ! Nous sommes déjà en train de développer des boîtes à outils, d’initier une collaboration avec l’équipe de la FAO chargée des questions de genre, de préparer des ateliers régionaux et de développer des méthodologies pour élaborer un manuel populaire qui réponde aux défis locaux de nos secteurs et qui aborde les défauts des Directives. Nous y mettons toutes nos énergies et le peu de soutien financier qu’apportent nos organisations sous-financées.
Nous attendons maintenant un engagement substantiel de la part des États membres et des organisations internationales. Nous nous attendons également beaucoup de ces Directives, qui doivent briser les silos institutionnels, en profitant de l’Année internationale de la femme agriculture pour atteindre la Commission de la condition de la femme, la CCNUCC, la CDB, l’OMS et d’autres plates-formes. L’initiative de la Colombie, qui appelle à une CIRADR+20, est une autre occasion pour nous tou·tes de relier l’adoption des Directives sur le genre à l’adoption des Directives sur les régimes fonciers, des Directives sur le droit à l’alimentation et d’autres produits du CSA. En accordant toujours une place centrale aux titulaires de droits, nous espérons articuler des priorités stratégiques : le changement climatique, la justice raciale, la justice de genre et la mainmise des entreprises.
Enfin, n’oublions pas de mettre en œuvre les Directives au sein du CSA lui-même ! Les prochains processus doivent s’en inspirer et faire avancer les droits des femmes, y compris au sein du CSA.
C’est un appel ouvert qui vous est lancé pour soutenir et créer des synergies avec nos processus autonomes visant à vulgariser les Directives sur l’égalité de genre.
Nous existons ! Et nous exigeons l’égalité et l’équité des genres pour réaliser le droit à l’alimentation pour tou·tes.
