En marge de la 51e session plénière du CSA, un événement parallèle s’est déroulé le 23 octobre 2023, mettant en lumière le besoin pressant d’un changement de paradigme dans la gouvernance des systèmes alimentaires. Co-organisé par le Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSCPA, le Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food), l’Alliance mondiale pour l’avenir de l’alimentation (GAFF) et le ministère mexicain de l’Agriculture, l’événement a approfondi le besoin urgent d’examiner de manière critique l’architecture de la gouvernance de l’alimentation afin de garantir que la prise de décision du système alimentaire donne la priorité au bien public et au droit à l’alimentation pour tou.te.s.

Shalmali Guttal, directrice exécutive de Focus on the Global South et experte d’IPES-Food, a ouvert l’évènement en présentant les principales conclusions du dernier rapport d’IPES-Food intitulé Who’s Tipping the Scales : l’influence croissante des entreprises sur la gouvernance des systèmes alimentaires et les moyens de la contrer. Elle a souligné que l’emprise des grandes entreprises de l’agroalimentaire sur la prise de décision dans les systèmes alimentaires est devenue la nouvelle norme. Les entreprises influencent la gouvernance alimentaire par des mécanismes visibles (initiatives de multiples parties prenantes, partenariats public-privé et financement d’espaces de gouvernance) et moins visibles (concentration d’entreprises, lobbying, portes tournantes, parrainage de la recherche scientifique, dons politiques et influence sur les accords de commerce et d’investissement). Cela pose des problèmes en termes de processus, de résultats et de responsabilité. Elle a proposé trois recommandations : 1) S’attaquer à l’influence démesurée des sociétés agroalimentaires transnationales à tous les niveaux des systèmes alimentaires en adoptant une approche multidimensionnelle. 2) Démocratiser la gouvernance alimentaire pour servir l’intérêt public, notamment en tenant les entreprises pour responsables des violations des droits humains et de la destruction de l’environnement. 3) Mettre en place des processus et des espaces autonomes centrés sur les voix, les revendications et les propositions des organisations à la base et des mouvements sociaux.

Musa Sowe, du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) et du Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSCPA), a ensuite présenté les conclusions du rapport “Iels nous nourriront ! Une voie populaire vers la souveraineté alimentaire africaine.” Ce rapport fournit une analyse critique du processus et du contenu du Sommet des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires de 2021 et du Sommet de Dakar 2 – “Nourrir l’Afrique” de 2023. Ces sommets visaient à lancer un processus mondial de transformation des systèmes alimentaires, mais leurs approches ont été fortement critiquées comme étant antidémocratiques, opaques et illégitimes. Dans le cadre de ces sommets, les gouvernements africains ont été invités à développer des “voies nationales” et des “pactes”, qui privilégient souvent les approches de modernisation et de révolution verte associées à des investissements privés étrangers, au détriment du soutien à l’agroécologie paysanne locale et aux marchés territoriaux. Musa a conclu que les systèmes de semences paysannes, la promotion de l’agroécologie paysanne, la garantie de l’accès à la terre et la protection des droits des femmes, des peuples autochtones et des jeunes dans les systèmes alimentaires, entre autres actions, sont des éléments essentiels d’un meilleur système alimentaire.

Victor Suárez, vice-ministre mexicain de l’agriculture, a fait des déclarations sur la manière dont le Mexique s’est efforcé de faire face à la mainmise des entreprises. Il a fait le point sur les discussions commerciales en cours entre le Mexique et les États-Unis concernant le maïs génétiquement modifié et a introduit l’idée que nous vivons un moment critique pour forger une nouvelle voie pour les droits humains et évoluer vers un monde multipolaire – de la résistance à la transformation. Il a insisté sur le fait que pour y parvenir, nous devons oser entreprendre un processus de décolonisation et placer la souveraineté alimentaire au centre de la gouvernance alimentaire. Cela implique de se concentrer sur l’autosuffisance agricole, de conclure des accords de coopération pour le développement national plutôt que des accords de “libre” échange, et d’abandonner les aliments ultra-transformés.

Daniel Dorado, directeur de l’organisation politique et de la campagne contre le tabac au sein de Corporate Accountability, a expliqué que nous pouvons nous inspirer des cadres de contrôle du tabac de l’Organisation mondiale de la santé, en particulier de l’art. 5.3 de la Convention-cadre pour la lutte antitabac qui établit le conflit d’intérêt irréconciliable avec la santé publique et exige des gouvernements qu’ils protègent leurs politiques de l’ingérence de l’industrie. Pour des recommandations particulières sur les mesures de responsabilisation des entreprises du système alimentaire, il a recommandé la lecture de l’article Towards Building Comprehensive Legal Frameworks for Corporate Accountability in Food Governance, qu’il a publié avec Sofía Monsalve, Ashka Naik et Ana María Suárez.

Hala Barakat, de la Coalition internationale pour l’habitat et du Comité Coordination du MSCPA, a expliqué comment le programme de travail pluriannuel du CSA à venir peut renforcer le mandat du Comité en tant qu’organe de coordination des politiques mondiales en réponse aux crises alimentaires et consolider son rôle dans la promotion de la responsabilité. Elle a déclaré qu’il était essentiel d’ancrer les processus dans les cadres des droits humains et du droit à l’alimentation, ainsi que de surveiller les actions des entreprises. Enfin, elle a lancé un dernier avertissement : les politiques dictées par les entreprises guettent à proximité, mais la sensibilisation du public et les campagnes peuvent faire pencher la balance.

Regardez l’enregistrement de l’événement (en anglais et en espagnol)

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