Interventions du MSC lors de la 49ème session plénière du CSA

Table des matières

Lundi 11 octobre, le président du CSA, Thanawat Tiensin, a ouvert la 49e session plénière du Comité des Nations unies pour la sécurité alimentaire mondiale (CSA 49). Les discussions de la première journée ont porté sur le rapport “État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2021” (SOFI), ses implications politiques et le rôle du CSA dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Déclaration présentée au nom du MSC par Ali Aii Shatou (IPACC/AIWO) | Groupe de travail du MSC sur la gouvernance alimentaire mondiale

C’est MAINTENANT que le CSA doit répondre à la crise alimentaire ! Le MSC est solidaire de tous ceux dont la vie a été affectée par la crise du COVID-19. Tous les secteurs sociaux du MSC, dans toutes les régions, témoignent de la violence des impacts dévastateurs de la pandémie. Le lourd tribut payé en vies humaines continue d’être profondément choquant près de deux ans après le début de la pandémie.

La COVID 19 exacerbe les injustices systémiques existantes, évitables et inacceptables, notamment la faim et la malnutrition, la destruction des écosystèmes et le changement climatique, les inégalités sociales et économiques, la discrimination fondée sur le genre, le patriarcat, le racisme et la marginalisation politique. La pandémie met en lumière les violations inacceptables de nos droits à une alimentation adéquate, à la santé, à un travail décent, dans un monde d’abondance. En Afrique, comme ailleurs, la pandémie frappe de manière disproportionnée nos secteurs sociaux, les classes ouvrières rurales et urbaines, les petits producteurs, les peuples sans terre, les peuples indigènes, les femmes, les migrants, les jeunes, les réfugiés, les peuples vivant dans des zones de guerre et de conflit.

Nous constatons que les inégalités entre les pays atteignent des niveaux inacceptables. En tant qu’Africains et tous les autres peuples du Sud, nous souffrons d’un accès inégal aux vaccins. Nous sommes confrontés aux conditions du commerce mondialisé qui ont transformé nombre de nos pays d’exportateurs nets de produits alimentaires en importateurs nets de produits alimentaires en l’espace d’une décennie. Nous sommes confrontés aujourd’hui à une nouvelle menace de fuite des capitaux et de prêts importants assortis de conditionnalités conduisant à une augmentation de la dette. L’accroissement des inégalités entre les pays entrave la capacité de nos États à protéger et à respecter nos droits humains.

Pour nos communautés qui connaissent déjà des crises prolongées – telles que les conflits armés, l’occupation, les catastrophes naturelles et la crise financière – la pandémie aggrave encore les défis déjà difficiles auxquels elles sont confrontées pour assurer leurs moyens de subsistance et leur accès à la nourriture. Les jeunes d’Afrique et d’ailleurs sont confrontés à une crise économique effrayante – voyant s’éloigner leurs possibilités d’éducation, d’emploi et d’avenir stable. Ils sont confrontés à des pertes d’emploi, à l’absence de protection sociale, de biens et de services publics, ce qui pousse de plus en plus de jeunes vers des voies de migration désespérées.

Dans le même temps, NOUS APPORTONS LES PREUVES du potentiel transformateur croissant de nos pratiques et de nos propositions pour faire face aux crises alimentaires, économiques et climatiques et à leurs causes structurelles. Elles s’appuient sur les valeurs encouragées de solidarité, de résilience, de durabilité et de dignité humaine. Nos pratiques de souveraineté alimentaire soulignent les rôles essentiels que jouent l’agroécologie, les systèmes alimentaires territoriaux, les femmes, les petits producteurs alimentaires et les agriculteurs et travailleurs familiaux pour nourrir durablement la majorité de la population mondiale, en particulier les personnes les plus touchées.

La crise actuelle a montré qu’une transformation radicale des systèmes alimentaires est nécessaire de toute urgence. Le moment est venu de veiller à ce que les leçons de la pandémie soient traduites en politiques de soutien, depuis les niveaux locaux jusqu’à l’adoption de réponses politiques mondiales au sein du CSA.

Lors de la crise des prix alimentaires de 2008, nos mouvements ont déclaré que nous ne pouvions pas nous permettre de faire comme si de rien n’était. Pourtant, plus de dix ans plus tard, il apparaît clairement que c’est exactement ce que nous avons fait, avec toutes les conséquences néfastes qui en découlent. Le système alimentaire mondial est devenu encore plus dominant, mais aussi plus fragile aujourd’hui, avec une concentration et un contrôle accrus des entreprises, la financiarisation, la destruction des écosystèmes et des marchés qui servent les intérêts du profit plutôt que la sécurité alimentaire.

Il serait inconcevable que le CSA n’assume pas sa responsabilité face au pire phénomène affectant le droit à l’alimentation qui ait frappé l’humanité depuis la crise de 2007-2008, crise qui avait à l’époque été l’élément déclencheur de sa réforme. Plus que tout autre espace de gouvernance internationale, le CSA est le seul forum qui puisse garantir que tous les acteurs affectés par les crises alimentaires puissent s’organiser de manière autonome et légitime pour co-construire une réponse globale, dans laquelle les gouvernements détiennent la responsabilité première.

Le moment est venu pour le CSA de prendre des mesures concertées, coordonnées au niveau mondial, afin de fournir des orientations pour l’indispensable transformation de nos systèmes alimentaires et la réalisation du droit à l’alimentation. Face à la crise de la Covid-19, nous devons viser une « reprise équitable » – une reprise qui place la justice, les droits humains et les besoins des peuples, en particulier les plus marginalisés, ainsi que de la planète au cœur de son action.

Au cours de la deuxième journée de sa quarante-neuvième session plénière, le CSA a poursuivi ses débats en se concentrant sur : l’application des directives volontaires du CSA sur les systèmes alimentaires et la nutrition (VGFSyN) et le suivi de la deuxième Conférence internationale sur la nutrition (ICN2) ; le Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires et ses implications pour le CSA ; et le programme de travail pluriannuel du CSA (MYPoW) 2020-2023, y compris des mises à jour sur la section mobile et sur l’élaboration de directives volontaires sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles dans le contexte de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Les membres ont également poursuivi les discussions sur le projet de conclusions sur le rapport SOFI qui était en suspens depuis la veille.

Discours présenté au nom du MSC par Jordan Treakle (NFFC) | Groupe de liaison de la Réponse autonome du peuple à l’UNFSS

Tout d’abord, nous sommes profondément préoccupés par cette procédure irrégulière visant à encadrer et tenir cette conversation politique délicate ayant des implications si importantes pour le CSA.  Cela dit, depuis plus de deux ans, la société civile, les peuples autochtones et les mouvements sociaux de toutes les régions ont fait part de leurs importantes préoccupations concernant le processus, les priorités et la structure de gouvernance du Sommet.

Avec la conclusion formelle du Sommet le 23 septembre, il est clair que cette initiative n’a pas réussi à s’attaquer aux facteurs les plus importants de l’augmentation de la faim dans le monde et des inégalités dans nos systèmes alimentaires ; cet échec va à son tour exacerber les problèmes structurels qui marginalisent les plus vulnérables et minent l’approvisionnement alimentaire à petite échelle dont nous dépendons tous.

Comme vient de le souligner le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, le Sommet a également manqué à ses engagements envers les États membres : les besoins et les intérêts des pays du Sud ont été ignorés tandis que les principaux gouvernements des pays de l’OCDE, ainsi que certains réseaux d’entreprises et philanthropes, ont exercé une forte influence sur le processus et le contenu du Sommet. Le modèle de gouvernance multipartite du Sommet, dominé par les entreprises, accentue les déséquilibres de pouvoir existant au sein des Nations unies et de ses agences spécialisées, et sape davantage un véritable système multilatéral.

Comme nous l’avons entendu de la part de plusieurs Etats membres, il n’y a clairement pas de consensus politique, ni de mandat politique, pour que le Sommet continue sous quelque forme que ce soit. Il existe des divergences importantes dans les positions des différentes régions et des différents pays sur les coalitions, le processus de suivi, et même sur ce que l’on entend par “systèmes alimentaires durables” à la suite de ce sommet. Nous ne pouvons pas risquer d’introduire ces divisions au sein du CSA et de compromettre des années de travail pour parvenir à un consensus.

D’importants secteurs de la société civile, des mouvements sociaux et des peuples autochtones, ainsi que des scientifiques, ont boycotté le sommet. J’aimerais ici mettre en avant la Déclaration politique de la Réponse autonome des peuples autonomes au Sommet UNFSS, qui résume l’analyse et la raison d’être de ce boycott ; cette déclaration politique a reçu l’aval et la signature de plus de 1100 organisations. On ne peut pas ignorer cette déclaration collective large et diverse de la part des groupes et des communautés qui constituent l’ossature de nos systèmes alimentaires à travers le monde.

Nous réaffirmons que le centre de coordination proposé pour assurer le suivi des résultats du Sommet FSS modifierait considérablement l’architecture actuelle de la gouvernance mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, avec des implications de grande portée, en particulier pour le CSA. Cela reviendrait à adopter une approche administrative, en contournant le contrôle politique des États membres, pour mettre en œuvre les résultats du Sommet FSS, résultats qui n’ont été soumis à aucun processus de négociation et d’adoption intergouvernementale – ce qui est totalement illégitime et inacceptable.

La MSC partage les fortes préoccupations exprimées par les présidents du CSA et du HLPE et d’autres personnes sur les propositions de création d’une nouvelle interface science-politique. Nous appelons les Etats-membres et les participants du CSA à s’engager sans équivoque à soutenir et à renforcer le HLPE du CSA.

Enfin, nous, en tant que Mécanisme de la Société civile, réaffirmons notre engagement à renforcer et à démocratiser davantage les Nations Unies, nos institutions publiques et nos systèmes alimentaires, et à les défendre contre la mainmise des entreprises.

Déclaration présentée au nom du MSC par Dee Woods (Landworkers Alliance) | Groupe de travail des femmes du MSC

Nous saluons ces directives et attendons avec impatience des directives progressives et ambitieuses qui feront une différence dans la vie de millions de femmes et de filles, et de personnes LGBTQI, en faisant progresser les droits des femmes et des filles et l’égalité des droits entre les genres dans le contexte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le droit à une alimentation adéquate ne peut être réalisé sans la réalisation des droits des femmes, des enfants et des personnes LGBTQI. Il est nécessaire de promouvoir des formulations et des approches intégrant la thématique du genre dans les Directives.

Nous voyons comment le système alimentaire mondial actuel s’appuie sur et perpétue la discrimination fondée sur le genre et la violation des droits des femmes, des filles et des personnes LGBTQI.

Afin de parvenir à une société juste et équitable où les femmes, dans toute leur diversité, peuvent pleinement jouir de leurs droits et de leur autodétermination, nous devons mettre au centre un autre modèle de consommation et de production fondé sur l’agroécologie et le paradigme de la souveraineté alimentaire.

Nous pensons que toute recommandation politique sur les droits des femmes et des filles et l’égalité des droits entre les genres doit être fondée sur les droits humains déjà reconnus des femmes, des filles et des personnes LGBTQI, ainsi que sur des principes féministes clés tels que la justice de genre, l’égalité et l’équité, la non-discrimination et l’intersectionnalité, la participation et la reconnaissance.

Le contrôle des ressources naturelles, en particulier l’accès à la terre, à l’eau et aux semences, doit être garanti dans le document, en mettant l’accent sur la protection de la biodiversité – qui nourrit les personnes et nos terres.

La valorisation du savoir des femmes et des peuples autochtones qui ont pris soin de la terre et nous ont nourris pendant des siècles doit être centrale.

La crise du Covid-19 a mis en lumière la charge de soins non rémunérés à laquelle sont confrontées en particulier les femmes, les filles et les communautés LGBTQI. L’investissement dans les services de soins pour réduire la charge de soins non rémunérés des femmes, des filles et des personnes LGBTQI est essentiel pour garantir l’égalité des droits entre les genres et la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Les Directives sur l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles dans le contexte de la sécurité alimentaire et de la nutrition doivent être suffisamment ambitieuses pour devenir un document important, permettant d’analyser les causes structurelles de la violence à l’égard des femmes, des enfants et des personnes LGBTQI. Nous devons veiller à ce qu’il progresse de manière significative, ouvrant la voie à l’élimination de la violence contre les femmes, les enfants et les personnes LGBTQI.

Déclaration présentée au nom du MSC par Isabel Álvarez Vispo (Urgenci) | Groupe de travail du MSC sur les systèmes alimentaires et la nutrition

Comme vous le savez, le MSC a été très impliqué dans le processus d’élaboration des lignes directrices. Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, pour nous, ce n’est pas un produit, c’est la base de notre vie. Lors de la plénière où les États ont décidé de soutenir ce document, la MSC a partagé le besoin de plus de temps pour avoir un processus de décision inclusif dans nos secteurs. Après ce processus, comme nous l’avons déjà partagé avec vous, le MSC a décidé de ne pas soutenir ce document et nous l’avons partagé lors d’un événement organisé en avril à cet effet.  Nous demandons aujourd’hui au secrétariat de consigner notre position dans les notes de cette plénière et de la publier sur le site web du CSA, comme nous l’avions demandé lors de la plénière de février.

Les raisons pour lesquelles nous ne la soutenons pas sont liées à la fois au processus et au contenu des présentes lignes directrices. Il s’agissait d’un processus qui, selon nous, ne répondait pas au mandat du CSA mais au calendrier du Sommet sur les systèmes alimentaires. Au final, ce document n’a guère été pris en compte lors du Sommet. Dans leur contenu, les lignes directrices ne fournissent pas d’orientation pour la transformation nécessaire dont nos systèmes alimentaires ont besoin, ni ne reconnaissent le rôle négatif que l’agriculture industrielle a joué dans la crise dans laquelle nous nous trouvons, ni le rôle de l’agroécologie dans le développement de modèles durables. Le langage même convenu dans d’autres processus politiques du CSA a été remis en question lors de la négociation et des questions clés telles que le droit à l’eau n’ont pas été incluses. Le processus était loin d’être inclusif et il était clair, lors des négociations, que l’objectif principal était de préserver les intérêts des pays exportateurs au détriment des droits de l’homme. Même au XXIe siècle, en pleine crise climatique et sociale, il n’a pas été accepté de lier la santé et la durabilité.

En ce sens, comme nous l’avons dit dans nos interventions d’avril, nous pensons qu’il est nécessaire de dire Non pour attirer votre attention sur la responsabilité du CSA.  Un espace inclusif pour la convergence des politiques, où les débats devraient être axés sur les droits des personnes et non sur les intérêts de quelques-uns. La participation de la société civile est essentielle dans cet espace, car nos secteurs sont les plus touchés par la faim et la malnutrition. Et nous pensons que la défense de l’essence et des principes du CSA est essentielle pour répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Il y a des exemples de certains pays, comme le Mexique, auquel nous sommes reconnaissants d’apporter l’agroécologie dans cet espace, que nous considérons comme très positifs et qui nous montrent des chemins à suivre, basés sur des approches intersectionnelles, prenant en compte les personnes les plus affectées et donnant la priorité aux droits sur les intérêts. Mais en même temps, nous sommes témoins d’exemples tels que ce qui s’est passé en Colombie avec la loi sur la malbouffe. Une loi dont le contenu est inconnu du gouvernement lui-même, qui a élaboré une réglementation arbitraire basée sur les positions du secteur privé et des grandes industries. Cela démontre qu’il y a un manque de soutien international pour les propositions de la société civile et qu’il n’y a pas de lignes directrices claires qui, lorsqu’elles sont adaptées, génèrent des politiques inclusives et transformatrices.

Nous pour suivons donc ce processus. Nous avons la responsabilité de suivre et de contrôler les actions découlant de ces directives.

Nous pensons que le processus de suivi doit mettre en évidence les actions valables, mais aussi être un espace d’analyse qui montre les lacunes pouvant être comblées dans les futurs processus politiques au sein du CSA.   Nous ne soutenons pas ce document et nous avons notre propre document de vision à partir duquel nous travaillons sur le plaidoyer dans les territoires, mais malgré cela nous avons confiance dans le processus à l’avenir parce que nous croyons que le CSA est l’espace qui a la responsabilité et qui peut aborder la transformation des systèmes alimentaires dont nous avons besoin.

Le mercredi 13 octobre, les participant.e.s à la session plénière du CSA ont examiné : le rapport du Groupe d’experts de haut niveau (HLPE) sur la promotion de l’engagement et de l’emploi des jeunes dans les systèmes agricoles et alimentaires ; et l’utilisation et l’application des recommandations politiques du CSA sur la sécurité alimentaire et le changement climatique, et sur l’eau pour la sécurité alimentaire et la nutrition. Les membres ont également finalisé le projet de conclusions de la session consacrée au rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI) 2021.

Déclaration prononcée au nom du MSC par Sefu Sanni (Marche mondiale des femmes et Groupe de travail de la jeunesse du MSC)

Déclaration prononcée au nom du MSC par Thierry Kesteloot (Oxfam Belgique et Groupe de travail du MSC sur la Gouvernance alimentaire mondiale)

Déclaration finale prononcée au nom du MSC par Shalmali Guttal (Focus on the Global South)

Le Mécanisme de la Société Civile et des Peuples Autochtones (MSC) souhaite exprimer son appréciation et sa gratitude au Président du Comité des Nations Unies sur la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA), Thanawat Tiensin, pour son leadership au cours des deux dernières années, son intérêt réel pour les préoccupations des personnes et des communautés marginalisées, ses initiatives précoces pour répondre à la crise de la faim et de la malnutrition exacerbée par la pandémie de COVID-19, son plaidoyer en faveur d’une utilisation et d’une application accrues des instruments politiques du CSA, son ouverture à un dialogue continu avec le MSC, et son engagement personnel pour faciliter les conversations entre le Secrétaire général adjoint des Nations Unies et le MSC sur le Sommet de l’ONU sur les systèmes alimentaires (UNFSS) malgré nos énormes différences.

Cher Thanawat, cher président : Vous êtes une personne qui cherche à engendrer l’harmonie même dans des contextes de grande divergence, et c’est certainement un talent et une attitude extraordinaires. Je vous en remercie infiniment !

L’esprit de collaboration équitable ne fonctionne toutefois que si les principes du CSA sont respectés par tous et ne sont pas joués les uns contre les autres. La situation est absurde quand le principe de consensus du CSA est utilisé pour supprimer des termes relatifs aux droits humains, pour aller à l’encontre des principes des droits humains qui fondent cette plateforme ainsi que l’ONU. Si le principe du consensus est utilisé pour supprimer des termes sensibles tels que “mesures unilatérales coercitives” ou “diversité des genres” dans les cadres de décision, alors il est utilisé de manière abusive dans le but politique de bloquer les préoccupations légitimes exprimées par les pays et les autres participants. Associés à l’attitude arrogante de quelques pays puissants habitués à imposer leurs intérêts aux autres, cette mauvaise interprétation et cette utilisation abusive de la recherche du consensus risquent d’affaiblir gravement, voire de menacer le CSA dans l’accomplissement de son mandat, qui est de répondre aux énormes défis d’une crise alimentaire croissante et d’œuvrer de manière ambitieuse et efficace à la réalisation progressive du droit à une alimentation adéquate.

A l’issue de cette 49 ème Plénière, le MSC reste extrêmement préoccupé par la direction que prend le CSA.

La décision du CSA de ne pas répondre efficacement à l’une des plus grandes crises de notre temps, de ne pas jouer son rôle de coordination en réponse à la pandémie du COVID-19, est scandaleuse. Les gouvernements, les agences de l’ONU, le Groupe d’experts de haut niveau et les participants au CSA qui ont soutenu l’initiative d’une réponse politique coordonnée au niveau mondial aux impacts de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et la nutrition ont exprimé une urgence mondiale au CSA, et le CSA n’a pas répondu en raison de l’objection de quelques-uns et du silence de beaucoup. Le MSC n’a pas de mots pour exprimer de manière adéquate notre choc face à cette inaction honteuse.  Soyons très clairs : ceux qui ont bloqué l’initiative semblent être profondément étrangers aux réalités préoccupantes et aux luttes des personnes privées de leurs droits sur cette planète.

Le débat au sein du CSA sur le Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires (UNFSS) a mis en évidence que ce Sommet a créé un profond fossé entre les États membres et les autres participants, qu’il faudra des efforts concertés et du temps pour combler ce fossé et rétablir la confiance entre nous. Les résultats non négociés de l’approche multipartenariale du Sommet UNFSS, approuvés sous l’influence des entreprises, résultats qui brouillent les responsabilités différenciées entre les États membres, les organisations intergouvernementales, les détenteurs de droits, les scientifiques et le secteur des entreprises, ont laissé de côté les personnes les plus menacées par la faim et la misère, ainsi que de nombreux États membres, en particulier ceux du Sud. C’est pourquoi les États membres du CSA sont apparus très divisés sur la manière d’aborder le Sommet UNFSS, nombre d’entre eux exprimant des inquiétudes sur ses modalités et ses implications. Dans toute discussion future, le CSA doit prendre en compte les préoccupations soulevées par des milliers de petits producteurs alimentaires, de peuples autochtones et d’organisations de la société civile.

Le MSC souhaite la bienvenue au nouveau président, Son Excellence l’Ambassadeur Gabriel Ferrero, et vous félicite pour votre élection. Nous reconnaissons et apprécions également la candidature de l’Ambassadeur Médi Moungui, et nous les invitons tous deux à continuer à travailler avec passion au renforcement du CSA, conformément à sa vision et à son mandat.

Toutefois, compte tenu de la situation profondément préoccupante du CSA, nous pensons que le nouveau président devra affronter d’énormes défis. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir engager rapidement un dialogue régulier avec vous sur ces défis et les réponses possibles à leur apporter.

La MSC souhaite également la bienvenue au nouveau Bureau du CSA et exprime sa volonté de collaborer avec vous tous dans l’esprit du CSA réformé.

La MSC souhaite également exprimer son appréciation du Groupe d’experts de haut niveau, reconnu comme l’interface science-politique la plus pertinente, légitime, inclusive et transparente sur les systèmes alimentaires, et exprimer sa reconnaissance au président du HLPE, Martin Cole, et le comité directeur sortant pour leur travail remarquable.

Enfin : La modalité virtuelle et le choix d’un fuseau horaire européen ont rendu la participation à cette plénière particulièrement difficile pour beaucoup et nous pensons que bien plus peut être fait pour améliorer l’accessibilité des réunions du CSA en général. Nous saluons l’énorme engagement de tant de délégués des gouvernements ainsi que des participants, y compris du MSC, qui ont participé à cette CSA 49 en pleine nuit et tôt le matin. Le MSC tient à vous remercier pour ces grands efforts. Nous tenons également à remercier tous les techniciens, les interprètes et l’équipe du Secrétariat du CSA pour leur précieux travail sans lequel ce rassemblement mondial n’aurait pas été possible.

Le jeudi 14 octobre, le CSA s’est réuni pour la dernière journée de discussions. Gabriel Ferrero, ambassadeur de l’Espagne pour la sécurité alimentaire mondiale, a été élu à la présidence du CSA, succédant à Thanawat Tiensin. M. Ferrero a obtenu 73 voix sur 121.

Outre l’élection du nouveau président et du nouveau bureau, la journée de jeudi a également été marquée par un débat sur les trois conventions de Rio, ainsi que par l’événement spécial organisé par le secrétariat du CSA pour célébrer la 13e Journée internationale des femmes rurales, le 15 octobre 2021. Les participant.e.s ont discuté des contributions essentielles, mais insuffisamment reconnues, des femmes rurales à la sécurité alimentaire et à la nutrition, ainsi que des défis auxquels elles sont confrontées dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Déclaration prononcée au nom du MSC par Paula Gioia (La Via Campesina) | Comité de coordination du MSC

Les interconnexions entre la perte de biodiversité, le changement climatique et la désertification et les effets néfastes de l’agriculture industrielle et des systèmes alimentaires mondialisés sont bien documentées. Et soyons clairs, tous les systèmes alimentaires ne sont pas égaux. C’est le système alimentaire industriel qui contribue entre 30 et 50 % des émissions climatiques. Les monocultures à grande échelle sont l’un des principaux facteurs de perte de biodiversité et l’utilisation excessive de produits chimiques dans les monocultures est à l’origine de la désertification. Dans le même temps, les paysans et les petits producteurs sont les plus grands éleveurs de semences et d’agrobiodiversité. Avec les peuples indigènes, ils conservent et protègent 40 % de la biodiversité mondiale dans leurs systèmes alimentaires territoriaux. Et l’agroécologie nous montre la voie à suivre pour atténuer le chaos climatique, l’effondrement de la biodiversité et nourrir le monde avec des aliments sains. Le diagnostic structurel des liens avec les trois conventions et la voie des solutions est donc clair.

Les interconnexions entre la perte de biodiversité, le changement climatique et la désertification et les effets néfastes de l’agriculture industrielle et des systèmes alimentaires mondialisés sont bien documentées. Et soyons clairs, tous les systèmes alimentaires ne sont pas égaux. C’est le système alimentaire industriel qui contribue entre 30 et 50 % des émissions climatiques. Les monocultures à grande échelle sont l’un des principaux facteurs de perte de biodiversité et l’utilisation excessive de produits chimiques dans les monocultures est à l’origine de la désertification. Dans le même temps, les paysans et les petits producteurs sont les plus grands éleveurs de semences et d’agrobiodiversité. Avec les peuples indigènes, ils conservent et protègent 40 % de la biodiversité mondiale dans leurs systèmes alimentaires territoriaux. Et l’agroécologie nous montre la voie à suivre pour atténuer le chaos climatique, l’effondrement de la biodiversité et nourrir le monde avec des aliments sains. Le diagnostic structurel des liens avec les trois conventions et la voie des solutions est donc clair.

Les 3 Conventions de Rio : Résultant de longs processus de négociations multilatérales, elles se sont fixées pour objectifs de résoudre les conflits, de recouvrer la souveraineté sur les ressources naturelles et de remédier aux déséquilibres de pouvoir entre le Nord et le Sud.

Pourtant, le Sommet FSS de l’ONU a suivi un processus totalement différent et illégitime, comme le MSC l’a déjà souligné.

Cela dit, nous devons mettre en garde contre les dangers que représente pour nos peuples, en particulier ceux du Sud, la manière dont l’alimentation et l’agriculture sont intégrées dans les trois conventions :

  1. Les solutions fondées sur la nature sont souvent utilisées comme un vague terme générique couvrant toute une série de programmes de protection du climat et de la biodiversité, y compris l’agriculture, et constituent l’un des domaines d’action du Sommet UNFSS visant à lier l’agriculture aux conventions de Rio. Un tel concept permettra la prolifération de pratiques néfastes telles que les plantations d’arbres en monoculture et l’agriculture industrielle, soutenant le néocolonialisme du carbone et de la nature et le blanchiment écologique des entreprises. Il entraînera également une nouvelle vague d’accaparement des terres, principalement dans les pays du Sud.
  2. Les compensations – les 3 conventions promeuvent les compensations comme une solution. Pourtant, la définition même des compensations signifie qu’une partie continue à polluer ou à détruire la nature. Par conséquent, nous nous opposons clairement aux compensations et en particulier à l’utilisation de l’agriculture comme compensation, car elle ne réduit pas les émissions, n’arrête pas les pertes de biodiversité et ne met pas fin à la dégradation des sols.

Aujourd’hui, il est évident que l’agriculture et nos systèmes alimentaires jouent un rôle essentiel dans toutes ces crises et qu’il est urgent d’y remédier.

Comment le CSA peut-il contribuer à la réalisation des objectifs fixés par les 3 Conventions ?

L’expérience du CSA en matière de participation inclusive des titulaires de droits et des groupes d’intérêt concernés dans les processus d’élaboration des politiques, tout en préservant les structures démocratiques et multilatérales des Nations unies, est un aspect essentiel à partager avec les trois conventions.

En outre, conformément au mandat du CSA et aux principes qui doivent guider ses travaux, le CSA doit contribuer à l’avancement de la mise en œuvre des trois conventions en fournissant des instruments de gouvernance des politiques agricoles et alimentaires conformes aux engagements des États définis par leur ratification des trois instruments de Rio. Les Directives sur les régimes fonciers en sont un brillant exemple.

Le CSA devrait également jouer un rôle dans l’intégration de la complexité et de la profondeur du débat sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans l’approche des 3 conventions sur l’alimentation et l’agriculture. Par exemple, le brillant travail du HLPE, et notamment son récent rapport intitulé « Sécurité alimentaire et nutrition : construire un récit global à l’horizon 2030 ».

Ce dont nous avons vraiment besoin pour empêcher l’effondrement de notre monde naturel, ce sont des « changements transformationnels radicaux ». L’agroécologie, dans le cadre de la souveraineté alimentaire, offre une alternative aux agrocarburants industriels et à la production industrielle d’aliments de plus en plus artificiels. Elle englobe également une approche politique permettant aux petits producteurs alimentaires de produire des aliments de manière écologique, en réduisant radicalement les émissions, en protégeant la biodiversité et en garantissant nos droits collectifs ainsi que l’accès et le contrôle de nos biens communs, tels qu’ils sont définis par l’UNDROP/UNDRIP. [1] [2] [3]

Ici, les 13 principes de l’Agroécologie fournissent un outil utile pour évaluer sa contribution intégrée aux 3 conventions.

[1]    «Approches agroécologiques et autres approches innovantes pour une agriculture durable et des systèmes alimentaires qui améliorent la sécurité alimentaire et la nutrition » HLPE, CSA juillet 2019 http://www.fao.org/cfs/cfs-hlpe/fr/.

[2]    « Les 10 éléments de l’agroécologie » FAO, 2018 https://www.fao.org/publications/card/en/c/I9037FR

[3]    Déclaration du Forum international de l’agroécologie Nyéléni, Mali février 2015 https://www.fao.org/family-farming/detail/fr/c/341388/

Déclaration prononcée au nom du MSC par Chathurika Sewwandi (Vikalpani National Women’s Federation du Sri Lanka | Groupe de travail des femmes du MSC)

Merci au président du CSA, au modérateur et aux distingués délégués et participants du CSA. Je suis Chathurika Sewwandi du Sri Lanka et je représente ici le mécanisme de la société civile et des peuples autochtones.

Le monde n’est toujours pas sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de la faim zéro d’ici 2030 et environ 811 millions de personnes vivent quotidiennement avec la faim. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par la faim et l’insécurité alimentaire. Le changement climatique et la situation de la pandémie de COVID-19 ont intensifié cet impact.

Les femmes jouent un rôle clé à tous les stades de la production alimentaire, depuis la conservation des semences à la transformation et au commerce des aliments, et ce malgré le fait  qu’elles ne bénéficient pas d’un accès égal aux ressources productives. Les femmes sont chargées du travail domestique et reproductif et passent de longues heures par jour à s’occuper de la santé nutritionnelle et du bien-être de la famille.

Cependant, nous pensons que le système alimentaire mondial actuel repose sur et perpétue la discrimination fondée sur le genre et la violation des droits des femmes. Les relations de pouvoir patriarcales, féodales et capitalistes conduisent à des politiques agricoles « aveugles au genre » et à une division sexuée du travail dans l’agriculture où les femmes sont discriminées et exclues. En outre, les femmes sont largement invisibles dans l’agriculture et leur rôle est simplement considéré comme un rôle de soutien pour les hommes ou comme une « obligation féminine ».

Nous avons reconnu que les femmes ont un accès limité à la terre et au contrôle des ressources productives et financières. Dans la plupart des pays, des structures juridiques et des normes sociales discriminatoires à l’égard des femmes ont empêché les femmes de posséder des terres, ce qui les exclut de l’accès aux facilités financières, aux services de vulgarisation, aux connaissances agricoles, au processus de prise de décision collective et même à la reconnaissance en tant que « femmes paysannes ». D’autre part, l’accaparement des terres et des ressources naturelles par les entreprises s’est traduit par d’immenses accaparements fonciers dans le monde entier, touchant en particulier les populations autochtones et les communautés rurales, qui sont chassées et forcées de quitter leurs terres ancestrales, laissant souvent derrière elles des femmes. Les femmes sont souvent soumises à la criminalisation lorsqu’elles tentent de défendre leurs terres, leurs communautés, leurs ressources naturelles et leurs corps.

Il y a deux ans, j’ai rencontré une femme appelée “Pan Amma” dans un village reculé du Sri Lanka qui revenait dans son village abandonné pour pêcher et collecter des aliments non cultivés. Ses paniers étaient remplis de poissons, de fruits et de feuilles vertes qu’elle ramassait. Elle nous rappelle que les femmes jouent un rôle clé dans la gestion de leur propre sécurité alimentaire et que l’agroécologie est une approche durable et juste pour faire progresser les systèmes alimentaires.

Nous espérons donc que les prochaines Directives du CSA sur l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles pourraient être l’occasion de mettre en place une ambition sans limite pour répondre aux événements dévastateurs.

Nous attendons du CSA qu’il intègre une perspective féministe dans tous ses processus d’élaboration de politiques en garantissant un rôle central et prépondérant aux organisations de base des femmes rurales dans les processus de prise de décision dès les premières étapes ;

Enfin, nous attendons du CSA qu’il aille au-delà des mots et nous aimerions voir, lors de la session plénière de l’année prochaine, une femme rurale prononcer le discours principal en dehors des limites de la Journée internationale de la femme rurale. Par exemple, lors de la prochaine journée d’ouverture de la session plénière de la CSA 50.

« Rien sur nous sans nous ! »

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