05 décembre 2022. Rome, Italie. La production alimentaire actuelle dans le monde est plus que suffisante pour nourrir tous les habitants de la planète. Pourtant, pas moins de 828 millions de personnes souffrent encore de la faim à ce jour, soit près d’une personne sur dix dans le monde. De 2019 à 2022, le nombre de personnes sous-alimentées a augmenté de  150 millions au minimum, une crise humanitaire majeure largement engendrée par les conflits, le changement climatique et la pandémie du COVID-19. Les communautés les plus impactées par l’insécurité alimentaire dans le monde exigent une action rapide, décisive et coordonnée à l’échelle mondiale afin de pouvoir répondre à la crise tout en s’attaquant à ses causes profondes.

« L’action urgente qui est requise pour répondre aux besoins immédiats doit être cohérente avec la nécessaire transformation à plus long terme des systèmes alimentaires. S’attaquer aux causes systémiques de la crise alimentaire actuelle nécessite une approche coordonnée au niveau mondial. Malheureusement, les réponses au niveau mondial continuent d’être fragmentées et partiales », explique une nouvelle Note d’orientation publiée par le Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSCPA) pour les relations avec le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) des Nations unies.

Selon cette note d’orientation, le CSA est l’espace le plus efficace et le plus légitime pour coordonner une réponse politique aux nombreuses facettes de la crise alimentaire mondiale. En effet, il s’agit de la principale plateforme mondial où les gouvernements, les agences internationales, le secteur privé, la société civile et les peuples autochtones coordonnent leurs efforts pour lutter contre la faim et la malnutrition. Elle reconnaît les États en tant que porteurs de devoirs et les petits producteurs alimentaires, y compris les peuples autochtones, en tant que détenteur.es de droits. Ces derniers disposent d’un siège effectif à la table des négociations grâce au Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones (MSCPA), une plateforme unique en son genre et qui constitue le plus grand espace international rassemblant des organisations de la société civile œuvrant à l’éradication de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition.

Le document souligne également l’urgence d’adopter une conclusion au débat sur le point de l’ordre du jour « Coordonner l’action face à la crise alimentaire mondiale », qui prévoit l’approbation explicite et le lancement du processus d’adoption du mandat et du rôle de convocation du CSA pour faire face à la crise. Cette adoption devra se faire lors de la reprise de session de la CSA 50, qui se tiendra le 19 décembre prochain au siège de la FAO à Rome, dans un format “hybride”. 

On ne peut tolérer une répétition de ce qui s’est passé lors de la dernière session, en octobre : « La 50è Plénière du CSA s’est achevée dans la soirée du 13 octobre sans parvenir à une véritable conclusion. Comme on pouvait s’y attendre, les délégations intergouvernementales ont consacré des heures et des heures de négociations à la recherche d’un compromis dans une bataille de mots entre deux blocs géopolitiques. Des heures qui auraient dû être consacrées à la recherche d’une solution à la crise alimentaire mondiale systémique ont été gaspillées ; pendant ce temps, un nombre toujours croissant de personnes continuent à mourir de faim, à souffrir des conséquences du changement climatique et des inégalités entre les peuples et les pays » comme l’explique le MSCPA dans un article récent.

Les réponses à cette crise à multiples facettes ont jusqu’à présent été faibles, fragmentées et biaisées par les intérêts des entreprises. De nombreux gouvernements ont expliqué la crise actuelle par la perturbation du commerce agricole mondial due à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, deux des plus importants exportateurs de matières agricoles dans le monde. Mais à l’opposé d’une telle analyse, les données probantes et les témoignages fournies par les communautés qui se trouvent en première ligne de la famine soulignent systématiquement les obstacles structurels interconnectés qui exacerbent et perpétuent la faim et la malnutrition, comme par exemple la dette, la dépendance à l’égard des importations alimentaires et les règles inéquitables en matière de commerce et d’investissement. Ceci est également reflété dans le rapport mondial Voix des communautés 2 : des solutions transformatrices pour répondre aux crises alimentaires systémiques mondiales. (MSCPA, 2022) 

Dans le processus d’élaboration des politiques, il est indispensable de tenir compte des connaissances, des donnés probantes et de l’expérience de ceux qui produisent la majorité des aliments que nous consommons à travers le monde mais qui, malgré leur contribution, sont les plus impactés par les crises actuelles. Le MSCPA permet au CSA d’avoir un accès direct et privilégié aux témoignages des communautés, en particulier ceux des petits producteurs, des agriculteurs familiaux, des pasteurs, des pêcheurs, des travailleurs, des peuples autochtones, des consommateurs et des populations précaires urbaines.

Une réponse politique coordonnée sera impossible sans un engagement total des États membres. La cohérence et la redevabilité des politiques mondiales sont des facteurs essentiels pour la gouvernance des systèmes alimentaires. Elles exigent des États qu’ils respectent leur obligation de coopérer afin de sauvegarder les droits des personnes les plus exposées et de garantir un environnement propice à la résolution de la crise actuelle et à la prévention des crises futures, au lieu d’agir uniquement en fonction de leurs propres intérêts nationaux ou de ceux de puissants acteurs économiques.

Les instruments politiques produits par le CSA sont de nature volontaire mais ont un fort potentiel transformateur. Ainsi, pour citer un exemple, les Directives volontaires de 2012 pour une gouvernance responsable des régimes fonciers ont incité le gouvernement malien à entreprendre une réorganisation complète de son régime foncier. La loi sur le foncier agricole qui en a résulté (2017) a permis aux individus d’obtenir pour la première fois l’octroi de titres fonciers sur la base des preuves de droits coutumiers pour motiver leur demande.

“Vous faites de la politique, nous on a faim” est le titre de la campagne que le MSCPA a lancée pour sensibiliser et appeler les gouvernements à une action urgente lors de la reprise de la 50è Session plénière du CSA. La campagne demande également aux mouvements sociaux et aux individus de faire entendre leur voix et de demander à leurs représentants de rejoindre une coordination politique mondiale.

Comme le décrit la nouvelle note d’orientation du MSCPA, publiée aujourd’hui, « De nombreuses pièces du puzzle sont d’ores et déjà disponibles : il suffit de les assembler en un tout cohérent et de les rendre accessibles aux autorités gouvernementales et aux autres acteurs à de multiples niveaux. »

Lire et télécharger la note d’orientation

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