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Après neuf journées intenses de négociations, réparties en deux cycles et deux week-ends préparatoires entre juin et juillet, le processus de convergence des politiques du Comité de la sécurité alimentaire mondiale des Nations Unies visant à élaborer les Recommandations de politique sur le renforcement des systèmes alimentaires urbains et périurbains a abouti à un résultat. Le document devrait être adopté lors de la 53e session plénière du CSA en octobre 2025.
Douze délégué·es du Groupe de travail du MSCPA sur les systèmes alimentaires urbains et périurbains ont participé en personne aux négociations qui se sont tenues à Rome. La délégation a joué un rôle inclusif et actif, avec un fort soutien de la part des participant·es en ligne et de l’équipe de facilitation. Elle a apporté des perspectives, expériences et savoirs issus de nombreux secteurs et régions du monde. Ses contributions, basées sur des consultations et dialogues internes, ont été essentielles pour faire entendre les voix des personnes les plus touchées par les défis posés par les systèmes alimentaires urbains et périurbains.
Parmi les priorités centrales identifiées collectivement par le MSCPA depuis le lancement du processus en octobre 2024 :
- Remettre en question le paradigme de l’urbanisation. Le MSCPA a plaidé pour la fin des politiques qui favorisent l’exode rural, notamment celles qui facilitent le déplacement des populations rurales et le désengagement des économies rurales. Il a défendu des politiques visant à renforcer les liens entre les zones rurales et urbaines, notamment en matière de production alimentaire, afin d’enrayer l’exode rural en garantissant des moyens de subsistance et des revenus décents en milieu rural.
- Un document fondé sur le cadre des droits humains. Ce cadre est essentiel pour lutter contre la marginalisation et les discriminations, et pour garantir des conditions de vie dignes tant pour les personnes vivant en zones urbaines et périurbaines que pour celles qui produisent la nourriture.
- L’agroécologie reste un pilier essentiel de la transformation des systèmes alimentaires. Bien que certains États membres aient montré des réticences, sa reconnaissance croissante dans les négociations reflète certains changements profonds. Le MSCPA a souligné que l’agroécologie est bien plus qu’une pratique agricole : c’est un cadre qui promeut la durabilité, l’équité sociale et la résilience climatique.
- L’inclusion des savoirs traditionnels progresse également, malgré des résistances. Leur reconnaissance dans des sections clés des recommandations, notamment sur la production alimentaire et les données, marque un pas important vers la valorisation des pratiques alimentaires locales et des Pueblos Indígenas.
Le texte final reflète certaines des principales revendications portées de longue date par le MSCPA concernant l’élargissement des mécanismes de participation à l’élaboration des politiques et à la prise de décision. Il est fondamental que les titulaires de droits puissent participer de manière significative, car ce sont elles et eux qui sont en première ligne face aux inégalités et à l’injustice climatique.
Les recommandations soulignent également le rôle essentiel des gouvernements locaux et des approches participatives dans la gouvernance territoriale, ainsi que la nécessité d’un financement et d’un soutien adéquats.
Défis
Bien que le texte final intègre certaines des priorités collectives du MSCPA, la délégation a également dû faire face à d’importants reculs, notamment des tentatives de remise en cause des avancées antérieures du CSA en matière d’égalité de genre et de réduction des inégalités.
Quatre points particulièrement controversés ont marqué les négociations :
- Changement climatique. Présent dans la quasi-totalité des thématiques abordées, certains États membres ont tenté d’en affaiblir la portée. Malgré cela, des références aux effets du climat sur les systèmes alimentaires et les communautés vulnérables ont été maintenues — ce qui est fondamental pour ne pas ignorer les réalités urgentes vécues sur le terrain.
- Droits des Peuples Autochtones. Le MSCPA a dénoncé les tentatives répétées de dilution de la reconnaissance des droits des Pueblos Indígenas en les confondant avec ceux des « communautés locales ». Le secteur des Peuples Autochtones a apporté des arguments solides fondés sur le droit international et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Autochtones (UNDRIP), pour en appeler à leur reconnaissance en tant que titulaires de droits.
Souad Mahmoud, membre de la délégation et du Comité de coordination du MSCPA, a exprimé la position collective lors de la dernière réunion du Groupe consultatif et du Bureau du CSA :
« Dans toutes les négociations, les mêmes obstacles surgissent, notamment en ce qui concerne les droits des Peuples Autochtones. Ils sont confondus avec les communautés locales, leurs droits sont relativisés, rendus optionnels, négociables, discutables. Pourtant, ces Peuples ont subi des siècles de violence, de dépossession et de massacres. Ils méritent mieux que des notes de bas de page dans nos textes et qu’on les confonde avec des groupes qui ne sont pas encore reconnus comme titulaires de droits par les cadres juridiques internationaux fondés sur les droits humains. »
Le secteur des Peuples Autochtones du MSCPA a produit une note explicative sur cette préoccupation, disponible ici.
- Droits humains. Bien que le droit à l’alimentation ait été mentionné à plusieurs reprises dans le texte, certains États membres ont tenté de systématiquement affaiblir le langage fondé sur les droits. Les États ont refusé de dénoncer l’usage des aliments comme arme de guerre, et ont été réticents à reconnaître le caractère contraignant du droit international des droits humains et du droit humanitaire. Or, le droit de ne pas souffrir de la faim est reconnu par la Déclaration universelle des droits humains et doit être respecté.
- Genre, inégalités et intersectionnalité. Le terme « inégalités » a été fortement débattu. Tandis que certains États ont souhaité le supprimer, d’autres ont accepté de le conserver au singulier. Le MSCPA a plaidé pour le maintien du terme au pluriel, plus en phase avec les multiples dimensions de l’inégalité dans les contextes urbains et périurbains. Cela est également cohérent avec une approche intersectionnelle, indispensable pour lutter contre la discrimination de genre, particulièrement présente dans ces environnements. Une telle approche est essentielle pour élaborer des politiques publiques inclusives, prenant en compte la pauvreté multidimensionnelle et les réalités croisées des groupes marginalisés et vulnérables.
Et ensuite ?
Le Groupe de travail du MSCPA sur les systèmes alimentaires urbains et périurbains va maintenant évaluer les recommandations de politique, en préparation à la prochaine Plénière du CSA 53 en octobre.
Dans ce cadre, le MSCPA réaffirme que le consensus ne peut être utilisé comme un outil pour bloquer les avancées sur des questions essentielles telles que les droits humains, l’égalité de genre, le changement climatique, l’intersectionnalité ou la reconnaissance de l’usage des aliments comme arme de guerre, autant de dimensions fondamentales pour une transformation juste des systèmes alimentaires urbains et périurbains dans le contexte actuel.
Documents utiles
- Rapport HLPE-FSN sur le Reinforcement des systèmes alimentaires urbains et périurbains
- Projet final des recommandations politiques du CSA sur le renforcement des systèmes alimentaires urbains et périurbains.(en anglais)
- Calendrier du processus et participation du MSCPA :
- CSA 52 Lancement du processus
- Session thématique sur la localisation de l’ODD 2 : gouvernance à plusieurs niveaux
- Réunion du GTCNL du CSA (13 décembre)
- Réunion du GTCNL du CSA (7 mars)
- Premier cycle de négociations du CSA (2-6 juin)
- Deuxième cycle de négociations du CSA (8-11 juillet)
- Adoption des recommandations politiques du CSA (CSA 53, octobre 2025)
« Si l’agriculture rurale est correctement soutenue, elle peut réduire l’afflux de population vers les centres urbains et alléger la pression sur les environnements et les services urbains. Mais surtout, si les zones rurales cessent de produire, les zones urbaines souffriront de la faim ! » – Ximena Moreno, Urgenci/Brésil
« En intégrant l’agroécologie, nous veillons à ce que les modèles de production ne soient pas uniquement technologiques ou extractivistes, mais qu’ils soient ancrés dans les réalités locales, fondés sur les savoirs et pratiques des agriculteurs et qu’ils renforcent la souveraineté alimentaire. » — Souad Mahmoud, Coordination Féministe pour la Souveraineté Alimentaire / Tunisie
« Les approches transformatrices en matière de genre sont essentielles pour s’attaquer aux causes profondes de l’inégalité entre les genres. Plusieurs documents et programmes des Nations Unies ont utilisé cette approche, et la CSA devrait également l’inclure. »– Aasha Ramesh, Coalition des femmes rurales asiatiques/Inde
« Parfois, le commerce mondial fragilise les systèmes alimentaires locaux en termes de revenus des agriculteurs et compromet ainsi la sécurité alimentaire urbaine et périurbaine. Les marchés locaux, dans le contexte de ces Recommandations de politique, sont essentiels. » – Samuel Ikua, Habitat International Coalition/ Kenya
« L’agencéité reflète le droit des communautés à l’autodétermination et à jouer un rôle actif dans l’élaboration du système alimentaire. » – Madina Sadirdinova, Agency of Development Initiatives/Kirghizistan
« En temps de crise, il est important de renforcer les capacités des acteurs en matière de coordination de l’aide alimentaire et humanitaire. La coordination pourrait réduire le gaspillage des ressources, d’éviter les doublons ou les lacunes dans la mise en œuvre de l’aide. » – Hamadi Ag Abba Mohammed, ADJMOR/Mali
« Nous ne pouvons pas accepter le déni des droits fondamentaux des peuples autochtones. Nous venons de reculer de 30 ans. Il est impossible que, dans cette salle et sur tant d’autres sujets, nous revenions en arrière. Nous ne pouvons pas accepter que la DNUDPA ne soit pas reconnue.» – Andrea Ferrante, Schola Campesina/Italie
« Une approche intersectionnelle est essentielle pour élaborer des politiques inclusives et ciblées qui reconnaissent la nature multidimensionnelle de la pauvreté et répondent aux besoins et aux priorités des différents segments de la population dans les zones urbaines. » – Lilian Nkengla, Oxfam America/États-Unis
« Soutenir et acheter auprès de producteurs agroécologiques doit être une priorité. L’agroécologie est plus qu’une méthode de production : elle présente de nombreux avantages sociaux et crée une économie solidaire. Elle peut améliorer les liens inclusifs entre consommateurs et producteurs, et il existe de nombreux exemples dans le monde où cela se fait déjà. » – Marisa Benasutti, Schola Campesina/États-Unis
