La 53e session plénière du Comité de la sécurité alimentaire mondiale des Nations Unies a marqué le lancement du processus de convergence des politiques intitulé « Création de systèmes alimentaires résilients », qui se déroulera au cours de l’année 2026. Cet axe de travail vise à élaborer une nouvelle série de recommandations de politique générale dont l’objectif est d’aider les gouvernements à concevoir et mettre en œuvre des mesures permettant de renforcer la résilience des systèmes alimentaires face aux crises multiples et croisées actuelles. Lors de la 53e session plénière du CSA, le Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (HLPE-FSN) a présenté son rapport Bâtir des systèmes alimentaires résilients, fournissant ainsi une base pour le processus politique à venir.

Robert Arcidiacono (Australie/ Alliance australienne pour la souveraineté alimentaire), membre du Comité de coordination, a prononcé la déclaration suivante en plénière.
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Déclaration prononcée par Robert Arcidiacono (Australie/Alliance australienne pour la souveraineté alimentaire) lors de la session sur la construction de systèmes alimentaires résilients au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition tenue pendant la 53e session du CSA le 22 octobre 2025. 

Bonjour. Merci, Madame la Présidente, de me permettre de partager les réflexions du MSCPA sur le rapport du HLPE intitulé « Bâtir des systèmes alimentaires résilients » ainsi que les priorités du MSCPA en amont du processus de convergence des politiques. Mon nom est Robert Arcidiacono, je suis le point focal du MSCPA pour la région Australasie. Avant de commencer, je tiens à rendre hommage aux propriétaires traditionnels des terres d’où je viens, les peuples Turrabul et Yaggera, et présenter mes respects à leurs ancêtres passés, présents et futurs. Cet axe de travail du CSA est d’une importance cruciale pour le MSCPA, car les voix des groupes qui composent ce mécanisme, celles des personnes qui prennent soin des terres et des cours d’eaux, ancrées dans la souveraineté alimentaire et les économies sociales et solidaires, sont essentielles pour alimenter le monde et garantir des « systèmes alimentaires résilients ». Nous réitérons également les commentaires formulés plus tôt par Alison Blay-Palmer, responsable de l’équipe de rédaction, indiquant que cet axe de travail est consacré aux personnes sur le terrain, et le MSCPA espère que ces voix pourront être prioritaires dans le prochain axe de travail.

Nous saluons ce rapport et félicitons l’équipe du projet pour son excellent travail. Comme le souligne le rapport, il est essentiel d’aller au-delà d’un simple « rebond », qui risque de maintenir le statu quo. Nous saluons l’accent mis par le rapport sur la « résilience transformatrice équitable » et comprenons que cela signifie que nous devons plutôt « rebondir » tout en mettant l’équité et la justice au centre de nos préoccupations. Le rapport reconnaît que la vulnérabilité découle d’inégalités structurelles et promeut une approche systémique reliant l’alimentation, l’environnement, la santé et la protection sociale. Ces interconnexions ne peuvent être comprises sans reconnaître que la transformation est intrinsèquement politique et nécessite de s’attaquer aux déséquilibres de pouvoir. Nous avons donc besoin de choix politiques délibérés, d’une réglementation publique forte et de formes de solidarité qui remettent en question l’accumulation et la domination.

Le rapport SOFI souligne à quel point les approches dominantes relatives aux systèmes alimentaires nuisent aux personnes et à la planète. La pandémie de COVID-19 a aussi mis au jour les fragilités de ce système dominant, dont les chaînes d’approvisionnement ne sont pas plus solides que leurs maillons les plus faibles. Lorsqu’un maillon de la chaîne se rompt, tout s’écroule. En revanche, la résilience des systèmes alimentaires agroécologiques locaux et diversifiés, ceux qui s’appuient sur les « réseaux alimentaires » des agriculteurs et agricultrices et des communautés, leur a permis de s’adapter, et souvent, de prospérer. Les petits agriculteurs et petites agricultrices, les peuples autochtones, et les réseaux communautaires ont rapidement réagi, en maintenant l’accès à l’alimentation et en protégeant les moyens d’existence grâce à la solidarité communautaire et aux circuits courts. Ces systèmes alimentaires ancrés dans le local démontrent que la résilience se construit sur des bases écologiques, sociales et territoriales, et la capacité d’action des petits agriculteurs et agricultrices, des pastoralistes, des pêcheurs, des peuples autochtones, des travailleurs et travailleuses de l’agriculture et de l’alimentation, des sans-terres, des femmes et des jeunes, qui produisent la majorité des denrées alimentaires dans le monde.

Comme l’indique le rapport, les systèmes alimentaires résilients doivent être axés sur l’agroécologie. L’agroécologie, la souveraineté alimentaire et les économies solidaires redistribuent le pouvoir et renforcent la résilience depuis la base. Elles incarnent la réciprocité, la bienveillance et la gouvernance collective, en plaçant les petits producteurs et petites productrices, les peuples autochtones, les femmes et les jeunes au centre du processus de transformation. Nous devons reconnaître que les femmes assument la majeure partie du travail de soins non rémunéré : les approches de la résilience doivent tenir compte de ces déséquilibres entre les sexes. Contrairement aux approches descendantes axées sur le marché, l’agroécologie redéfinit la résilience non pas comme une adaptation à la crise, mais comme une émancipation de la dépendance systémique, promouvant la justice écologique, l’égalité des sexes et la démocratie alimentaire comme des fondements d’une transformation durable et centrée sur les personnes.

Qu’est-ce que cela implique concrètement en termes de mesures politiques tangibles et réalisables pour soutenir des systèmes alimentaires résilients ? Pour renforcer la résilience, nous devons arrêter de rechercher des solutions technologiques miracles et commencer au lieu de cela à nous attaquer aux changements structurels au sein du système alimentaire. Nous avons bien sûr besoin de la technologie, mais celle-ci doit avant tout chose agir au service des personnes et des communautés. Nous devons nous attaquer à la domination des institutions financières, à la dépendance financière des pays du Sud, à l’utilisation de la nourriture comme arme de guerre, ainsi qu’à l’appropriation et à la marchandisation des biens communs (terres, eau, semences, travail et connaissances).

Pour conclure, bâtir des systèmes alimentaires résilients signifie rejeter l’illusion d’un retour à la « normale », car c’est justement la normalité qui nous a menés là où nous en sommes aujourd’hui. Il s’agit de rebondir vers l’avant, vers des solutions transformatrices, en plaçant les droits et l’équité au cœur des politiques publiques. Ce n’est qu’ainsi que la résilience pourra véritablement libérer les peuples, protéger la planète et garantir le droit à l’alimentation pour toutes et tous.

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