Rome, avril 2026. Le Groupe de travail sur les femmes et les diversités de genre du Mécanisme de la société civile et des Peuples Autochtones (MSCPA) a lancé «Nous existons : une boîte à outils pour l’égalité de genre et le droit à l’alimentation  . Il s’agit d’une nouvelle ressource pour les actions de plaidoyer et d’éducation populaire, conçue pour soutenir le travail des mouvements sociaux, de la société civile et des organisations de peuples autochtones qui veulent faire  progresser la souveraineté alimentaire et la justice de genre sur leurs territoires.

Cette boîte à outils arrive à un moment où les droits des femmes et les personnes non cis-hétéronormatives sont menacés, et où les systèmes alimentaires industriels à travers le monde deviennent de plus en plus instables. Sa manifestation de lancement a réuni des collectifs de femmes et des communautés de genre diversifié qui se trouvent en première ligne face à la crise climatique, aux déplacements forcés de population, aux conflits, aux inégalités rurales et à l’exclusion structurelle. Elles sont à l’avant-garde de la lutte pour la justice alimentaire et de genre.

Dans l’État du Gujarat, dans l’ouest de l’Inde, les praticiennes de la pêche soutiennent l’économie locale ; elles effectuent la majeure partie du travail, mais elles ne sont ni reconnues ni titulaires de permis de pêche et de vente de poisson, qui sont presque exclusivement délivrés au nom des chefs de famille masculins. Elles sont également systématiquement exclues des institutions de gouvernance et des espaces de prise de décision.

« Il ne s’agit pas d’un simple fossé ; c’est un processus systématique par lequel les femmes sont exclues », a déclaré Pallavi Sobti Rajpal, de l’organisation « Utthan », qui travaille avec les femmes et les jeunes filles en milieu rural en Inde.

Cette boîte à outils est donc conçue pour accompagner les efforts sur le terrain visant à faire progresser la justice alimentaire et la justice de genre en diffusant des outils politiques internationaux, comme par exemple les « Directives volontaires du CSA sur l’égalité des droits entre les genres et l’autonomisation des femmes et des filles dans le contexte de la sécurité alimentaire et de la nutrition », qui contiennent des dispositions clés sur la protection sociale universelle, le travail de soins non rémunéré, l’accès aux ressources naturelles et l’organisation collective des femmes, y compris le soutien aux organisations de femmes, aux organisations de défense des droits des femmes et aux mouvements sociaux. 

« La question n’est pas seulement de savoir si nous avons des droits sur le papier, mais si les luttes qui sont d’ores et déjà menées sur le terrain sont reconnues, protégées et renforcées » — Zaineb Al Dirani, de « Maskabeh » au Liban.

Le MSCPA appelle le Comité des Nations unies de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les institutions des Nations unies et les gouvernements à faire preuve d’une réelle volonté politique pour la mise en œuvre de ces Directives du CSA sur le Genre, par le biais d’actions concrètes et mesurables. Cela inclut l’intégration des politiques aux niveaux national et local, l’allocation de ressources financières, des mécanismes participatifs pour l’élaboration des politiques et des cadres de responsabilité.

« Les Directives existent désormais. La boîte à outils est maintenant entre nos mains. La responsabilité qui nous incombe à tous est claire : veiller à ce que cet engagement commun ne reste pas simplement sur le papier », a déclaré Dee Woods, de la « Landworkers’ Alliance » au Royaume-Uni et de La Via Campesina,  dans son discours de clôture.  

Ce que signifie « Nous existons » dans la pratique : témoignages entendus lors de la manifestation de lancement de la boîte à outils du MSCPA 

La cartographie est un pouvoir : elle transforme des informations fragmentées en action collective et en solidarité. 
Au Liban, des initiatives alimentaires menées par des femmes et des communautés queer ont intensifié la distribution de repas aux familles déplacées internes et aux personnes handicapées, a expliqué Zaineb Al Dirani, de l’organisation « Maskabeh » (Flying Aunts ou Tantines Volantes), un collectif écoféministe soutenant la création de cartographies fondées sur la confiance, l’entraide et les réseaux de réponse communautaire. Leur travail de cartographie permet de relier les refuges, les cuisines, les cliniques et de combler les lacunes dans les interventions.

« Il ne s’agit pas seulement de répertorier les initiatives. Il s’agit de mettre en évidence les relations, les goulots d’étranglement, les doublons, les lacunes et les possibilités de coordination. En temps de guerre, l’information est souvent fragmentée de la même manière que les communautés sont fragmentées. La cartographie est un moyen de rejeter cette fragmentation et de rendre la solidarité plus efficace de manière concrète. —Zaineb Al Dirani

Reconnaître le travail de soins, c’est reconnaître un pilier fondamental mais invisible des systèmes alimentaires.
Le travail de soins, qui a été rendu invisible et est assumé de manière disproportionnée par les femmes, a constitué un autre thème central lors du lancement. À Veracruz, au Mexique, la coopérative « VIDA A.C »., une initiative féministe agroécologique dans le secteur du café, a favorisé l’autonomie économique, le leadership et la participation politique des femmes dans ce secteur.

« Le travail de soins signifie également valoriser le rôle des femmes dans l’agriculture et reconnaître leur droit à la santé et au repos », explique Gisela Ilescas, de la coopérative VIDA A.C. « La souveraineté alimentaire ne doit pas reposer uniquement sur les femmes, elle doit être soutenue comme un travail collectif et intergénérationnel », a-t-elle conclu.

L’invisibilisation est une forme de violence structurelle qui limite l’accès aux droits. 
Un témoignage partagé par Souad Mahmoud, de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire MENA, a illustré le lien profond entre le genre, l’alimentation et la dignité, soulignant la réalité de l’exclusion et de l’invisibilisation dans l’agriculture des personnes de genre et de sexualité diversifiés.  

Comme l’a souligné Souad, les femmes et les personnes de genre diversifié travaillent la terre, produisent de la nourriture et contribuent à la sécurité alimentaire de leurs communautés, souvent sans contrat, sans protection sociale et sans reconnaissance. En outre, elles portent le fardeau supplémentaire d’une identité qu’elles ne peuvent pas vivre ouvertement.

Et malgré l’existence de ces Directives, sans véritable mise en œuvre sur le terrain, elles ne restent que des paroles sur le papier.

« Nos droits ne sont pas négociables. Ils doivent être respectés sur nos territoires » – Souad Mahmoud

Sans volonté politique, les engagements restent symboliques. 

En cette Année internationale des agricultrices, la boîte à outils du MSCPA nous invite à continuer à construire la défense des droits humains et de la vie à partir d’une perspective féministe. Comme l’a déclaré Dee Woods, de La Via Campesina :

« Il ne faut pas que cela devienne une simple célébration sans que rien ne change ensuite. Que ceci soit un moment ou la vérité est révélée sans ambiguïté : nous agricultrices, dans toute notre diversité, ne sommes pas marginales en matière de sécurité alimentaire, de nutrition et de souveraineté alimentaire. Elles sont (nous sommes) au cœur de ces enjeux. »

Cette boîte à outils reflète l’histoire de la lutte collective pour l’autonomie et l’autodétermination des femmes et des personnes non cis-hétéronormatives réunies au sein du Groupe de travail sur les femmes et les diversités de genre du MSCPA. Il s’agit d’un outil pour soutenir les actions de plaidoyer, d’une ressource d’éducation populaire et d’un pont entre les politiques à l’échelle mondiale et les luttes territoriales.

Ce lancement se veut également une impulsion en vue de la publication d’un Manuel populaire qui est prévue en juin. Ces deux outils s’inscrivent dans un effort collectif visant à faire le lien entre les cadres politiques mondiaux et les réalités sur le terrain, l’art et les outils de communication populaire jouant un rôle central.

« Le pouvoir visuel de l’art rend visible ce que les médias dominants tentent de rendre invisible ; c’est un outil pour construire la mémoire et le territoire », précise Camila Bages, du Mouvement national des paysans autochtones – Somos Tierra, en Argentine.

Elle a en outre souligné que l’art peut contribuer à créer des archives vivantes grâce auxquelles les générations futures pourront se réapproprier et poursuivre les luttes actuelles, tout en touchant et inspirant des publics qui ne sont pas encore engagés dans ces luttes.

Lire en ligne et télécharger la boîte à outils du MSCPA

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