Réflexions féministes sur les Directives volontaires du CSA sur le genre

Le MSCPA et Action contre la Faim se sont récemment associés pour organiser une table ronde féministe sur les Directives volontaires du CSA sur l’égalité de genre et les voies à suivre pour la protection sociale et l’action climatique, qui ont été récemment approuvées. Lisez un résumé des principales conclusions de l’événement.

Organisé parallèlement à la 68e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU (#CSW68), l’événement virtuel a accueilli des représentantes des Peuples Autochtones, des expertes en matière de genre, des représentantes des mouvements sociaux, des ONG et des diplomates des représentations permanentes des pays. Il a été animé par Ruchi Tripathi, experte en genre chez VSO et facilitatrice technique du groupe de travail sur les femmes et la diversité des genres de la CSIPM, et Marie Cosquer, analyste plaidoyer systèmes alimentaires et crise climatique chez Action contre la Faim et co-facilitatrice du même groupe de travail.

Dee Woods, de la Landworkers Alliance et membre du comité de coordination du MSCPA, a abordé les lacunes des lignes directrices du CSA en matière de genre et des négociations. Le concept d’intersectionnalité a été mis de côté et considéré comme contentieux, bien qu’il ait été agréé dans d’autres espaces multilatéraux par les États membres. “L’intersectionnalité est essentielle pour comprendre les multiples oppressions subies par les femmes et les différents genres. Elle analyse les dynamiques de pouvoir et la manière dont elles s’entrecroisent pour avoir un impact sur nos vies. Pourtant, au cours des négociations, nombreux.ses sont ceux et celles qui n’ont pas saisi son importance, la considérant comme un ajout inutile plutôt que de reconnaître son rôle fondamental dans nos efforts d’organisation”, a fait remarquer Dee. En outre, l’insistance sur un cadre de genre binaire a négligé les expériences des personnes non binaires. Ce mépris de la diversité perpétue la violence et la discrimination, marginalisant encore davantage des groupes déjà vulnérables.

Enfin, les lignes directrices n’ont pas complètement abordé la question de la prévalence de la violence et de la violence sexuelle à l’encontre des femmes, des filles et des différents genres, malgré son impact significatif sur leur droit à l’alimentation. Cette méconnaissance rend leurs luttes invisibles et sape le potentiel de transformation des directives. En conclusion, Dee a insisté sur la nécessité de la solidarité : “Je pense que l’une des raisons pour lesquelles nous sommes ici à ONU Femmes est que nous devons renforcer nos voix en étant solidaires d’autres femmes et d’autres genres qui luttent pour nos droits. C’est devenu notre cri de ralliement : Nous existons et nous revendiquons nos droits !”

Taina Hedman, du Conseil international des traités indiens et membre du comité de coordination du MSCPA, représentante Autochtone des Kuna Yala au Panama, a fait part de ses réflexions sur les droits des Peuples Autochtones, en insistant notamment sur la nécessité d’un consentement préalable libre et éclairé (CPLE) dans les processus de prise de décision affectant les communautés Autochtones. Elle a souligné l’exclusion historique des femmes, en particulier des femmes Autochtones, de l’élaboration des politiques, et a insisté sur l’importance de la réalisation de leur droit à accéder aux ressources naturelles et à les gérer. 

Se référant à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Autochtones (UNDRIP) et à la recommandation générale 39 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), elle a souligné l’importance du CPLE pour garantir des décisions justes et équitables dans le respect des cultures et des moyens de subsistance Autochtones. Taina a rappelé que le CPLE est un droit non négociable : “Le consentement préalable libre et éclairé n’est pas une option, c’est un droit. Cependant, au cours des négociations, nous avons dû le clarifier à maintes reprises devant les États membres.” Taina a conclu en encourageant l’audience à lire l’évaluation complète des Directives volontaires du CSA sur l’égalité des genres réalisée en 2023 par le groupe de travail du MSCPA sur les femmes et la diversité des genres.

Berioska Morrison González, représentante de la Mission permanente de la République dominicaine auprès de la FAO, du FIDA et du PAM, a insisté sur l’importance d’assurer la mise en œuvre des Directives volontaires. “Il est crucial de s’assurer que nos efforts aboutissent à des résultats tangibles et significatifs”, a souligné Mme Berioska. “Même de petits changements peuvent améliorer de manière significative la vie des communautés, en particulier lorsqu’il s’agit de faire respecter les droits des femmes et des filles dans le monde entier”. Elle a également salué l’engagement et l’activisme du MSCPA tout au long des négociations, remerciant ses représentant.e.s d’avoir inviter toutes les personnes impliquées à un plus haut niveau d’ambition.

Elle a également souligné l’importance d’assurer la mise en œuvre des lignes directrices par la diffusion, la sensibilisation, le suivi et le financement. Elle a reconnu que le résultat n’est peut-être pas parfait, puisqu’il est le fruit d’un consensus, mais qu’il doit se traduire par des effets tangibles, en particulier pour les femmes et les jeunes filles du monde entier. L’adoption de ces lignes directrices représente un moment crucial”, a-t-elle ajouté, “maintenant, nous devons sortir des bulles de Rome et du CSA, et nous assurer que le monde connaît ces lignes directrices volontaires et la plate-forme du CSA”. Le CSA s’est engagé dans un nouveau programme de travail visant à mieux faire connaître, utiliser et appliquer les résultats du CSA. Nous devons nous engager dans ce processus.

En conclusion, Berioska a souligné l’importance de l’engagement institutionnel, y compris la collaboration avec les bureaux de pays de la FAO et les parlements nationaux, pour une mise en œuvre efficace. “Un financement adéquat est essentiel pour atteindre les objectifs des directives. Malgré les défis, a-t-elle conclu, “ce n’est que le début”.

Elisabetta Recine, du Conseil national pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (CONSEA) du Brésil, a fait écho au message de Berioska. “La négociation des lignes directrices n’était qu’un début. Le véritable travail commence maintenant, en veillant à ce que les pays en soient conscients et les mettent en œuvre”, a-t-elle noté, nuançant le fait que l’inégalité de genre, la violation des droits des femmes, la pauvreté et les inégalités en général sont de plus en plus présentes dans les régimes autoritaires. Elle a également souligné l’importance d’une large diffusion des lignes directrices, y compris au niveau infranational, et dans différents secteurs, en ne se concentrant pas uniquement sur les agendas des femmes et de la diversité des genres.

Elisabetta a également parlé de la lutte en cours pour sensibiliser aux multiples facettes du rôle social et politique des femmes, au-delà des seuls aspects économiques. Il faut pour cela que les mentalités et la culture de la société évoluent vers le respect des droits des femmes. Cela ne se fera pas du jour au lendemain.

 Parallèlement, il existe un autre défi structurel : contrer le contrôle des entreprises sur les systèmes alimentaires. “La lutte pour un processus de gouvernance représentatif, diversifié, démocratique, avec un contrôle social et une participation, et protégé des conflits d’intérêts, doit se poursuivre”, a-t-elle déclaré. La mainmise des entreprises sur les systèmes alimentaires est devenue de plus en plus complexe, car elle implique également la mainmise sur le récit autour de la gouvernance, et pas seulement l’agenda de la gouvernance. Pour relever ces défis, nous devons disposer d’une base sociale plus large que celle dont nous disposons actuellement, a conclu Elisabetta. La pression pour atteindre nos objectifs doit être plus forte.

Tanit Iglesias Zayas, experte en genre d’Action contre la faim, a souligné l’impact disproportionné du changement climatique sur les femmes, insistant sur la nécessité de politiques et de programmes transformateurs en matière de genre pour relever ces défis. Plaidant pour des recommandations multisectorielles, Tanit a parlé de l’importance de la protection sociale universelle, en particulier dans les contextes d’urgence climatique. Elle souligne l’interconnexion entre le genre, le changement climatique et l’insécurité alimentaire, et insiste sur l’importance de solutions inclusives.

Tanit a également parlé de la protection sociale universelle comme d’un droit humain et d’un aspect essentiel pour transformer les relations de pouvoir – principalement celles qui créent et perpétuent l’inégalité de genre.

Elle a exhorté les États et les institutions à s’engager à mettre en œuvre les lignes directrices du CSA sur l’égalité de genre, en soulignant l’importance d’un financement durable des programmes de protection sociale. “La protection sociale universelle est un outil essentiel pour garantir la justice alimentaire. Nous voulons saisir l’occasion de ce forum pour exhorter les États à identifier et à mettre en œuvre des mesures visant à réduire le travail non rémunéré des femmes.”

Le panel s’est conclu par une session de questions et réponses, au cours de laquelle l’importance de l’agroécologie pour l’égalité de genre a été discutée. Dee Woods a souligné : “Nous avons une diversité de personnes qui pratiquent l’agroécologie dans des environnements ruraux et urbains, avec le rôle des femmes et des différents genres au centre de tout cela. Il est essentiel de tisser des liens entre les différentes questions, non seulement la production alimentaire, mais aussi la distribution, la culture et la préservation des connaissances sur les systèmes alimentaires, et c’est ce que nous faisons”. Le CSA est en train d’élaborer ses recommandations politiques sur la réduction des inégalités dans les systèmes alimentaires. Elle a exprimé le souhait du MSCPA de s’appuyer sur les directives volontaires sur le genre, en reconnaissant que les femmes et les différents genres sont essentiels aux systèmes alimentaires, mais aussi qu’iels sont les plus touché.e.s par l’insécurité alimentaire, les crises climatiques et les conflits. “Nous devons construire quelque chose qui permettra aux femmes non seulement de réduire cette inégalité, mais aussi d’avoir une certaine équité”.

Voir l’enregistrement vidéo de l’événement

Événement virtuel lors de la 68e session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies #CSW68

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